15.10.2006

Chez les voisins

Le Brésil n'est pas le seul pays d'Amérique Latine à élire son président en cette fin d'année 2006.

Les équatoriens se rendent ce dimanche aux urnes dans un climat particulièrement apaisé, au vu des secousses politiques de l'histoire récente. Rappelons que les trois derniers présidents élus démocratiquement en Equateur ont été forcés à la démission ou renversés en cours de mandat. Le scrutin d'aujourd'hui devrait déboucher sur un second tour entre Rafael Correa, un économiste de gauche ayant obtenu un PhD aux Etats-Unis, et Álvaro Noboa, le magnat de la banane, un riche héritier qui se présente pour la troisième fois. Ce dernier se dit confiant quant à sa victoire, mais nuance son propos : "rien n'est sûr dans la vie, sauf les impôts et la mort".

Au Venezuela, le climat s'annonce plus passionné. L'élection se tiendra début décembre et se résumera probablement à un plébiscite pour ou contre le gouvernement du président Chavez. Le clan du "contre" devrait bénéficier du fait que l'opposition, longtemps incapable de s'organiser et de trouver une faille dans la cuirasse chaviste, s'est refaite une santé dans les dernières semaines autour de son candidat Manuel Rosales. Longtemps crédité de quelques points à peine dans les sondages, ce dernier semble désormais constituer un rival crédible pour le président sortant.

Chavez est conscient de la crainte qu'il inspire chez bon nombre de ses compatriotes, une crainte avivée par ses dernières prises de position très radicales sur la scène internationale (tout le monde a en tête son discours violemment anti-Bush à l'ONU). Désireux de récupérer les votes des nombreux indécis pour s'assurer une réélection tranquille, il vient de marquer un virage net dans sa communication. Son dernier spot de publicité électorale est ainsi intitulé "Message d'amour au peuple de mon Venezuela", allant plus loin encore dans la démogagie que "Lulinha paz e amor" au Brésil.

Chavez y déclare qu'il a tout fait par amour dans sa vie. Ses études, ses peintures, ses exploits au base-ball. Et c'est "par amour pour le peuple" qu'il s'est présenté comme président, toujours "par amour pour le peuple" qu'il a gouverné et lancé ses fameuses Missions sociales. Il conclut, dans un style que Lula ne renierait pas, "Il y a encore beaucoup à accomplir. J'ai besoin de plus de temps. J'ai besoin de ton vote. Ton vote, par amour."

11.10.2006

Humour gras

Un épisode tragi-comique a animé la séance du jour au Sénat.

medium_Playboy-Heloisa-Helena3.jpgTout a commencé lorsque le photomontage ci-contre, du bloggeur brésilien "Kibe Loco" (voir son site ici), est passé de main en main entre les travées de la noble assemblée. Le trucage en question représente la sénatrice et candidate défaite à la présidentielle Heloísa Helena en couverture d'un faux Playboy. En petite tenue, la sénatrice de l'Alagoas y exhibe dans le bas du ventre un tatouage de son ex-parti, le Parti des Travailleurs (PT), tandis que le logo de son parti actuel, le PSOL, est incrusté sur sa culotte en dentelle. La une du magazine est barrée du titre suivant : "Nous avons finalement réussi à lui enlever son chemisier blanc !".

L'un des élus ayant finalement jugé bon de prévenir la malheureuse Heloísa, celle-ci a pris la parole et s'est emportée contre le Parti des Travailleurs (PT) et Lula, qu'elle a traité à plusieurs reprises de "vagabundo". La sénatrice s'est en effet plainte des pressions incessantes qu'elle subit pour appeler ses électeurs à voter Lula au second tour, et a accusé le parti du président d'être l'instigateur de ce photomontage d'un goût douteux. Selon ses sources, ce photomontage était distribué plus tôt dans la journée à la gare routière de Brasilia par des militants du PT.

Après avoir étouffé quelques sanglots et refusé dans un premier temps de regarder l'image en "mère de famille exemplaire et digne", la candidate du PSOL à la présidentielle est finalement parvenue à prendre la chose avec humour, concédant qu'au moins la photo la mettait en valeur ! Nous sommes plutôt d'accord...

08.10.2006

Picolé vs. Lulinha

Nous revenons dans ce post sur les surnoms des deux candidats à la présidentielle.

medium_Chayote_CDC.jpg"Picolé de chuchu", le surnom d'Alckmin, signifie "sorbet à la chayote" (photo), une référence à un légume sans grande saveur, qui souligne l'image d'un homme manquant de charisme et de caractère. Alckmin en a été affublé alors qu'il occupait les fonctions de gouverneur de São Paulo, et que son style était jugé peu flamboyant, voire austère. Alckmin a su cependant au fil de la campagne tirer profit de cette appellation. En se délectant face aux caméras de ce cucurbitacée, mais aussi en multipliant les jeux de mots populaires autour de ce terme, tels que "o brasil vai crescer para chuchu" ("le Brésil va croître à fond") ou encore "prometo que vou trabalhar para chuchu" ("je promets que je vais travailler comme un fou").

"Lulinha paz e amor" ("petit Lula" paix et amour) était le slogan non-officiel de campagne de Lula lors de son élection en 2002. Le surnom évoque l'image d'un Lula charismatique, ami de tous et de toutes et se récusant à l'usage de la violence. Lui octroyant un énorme capital sympathie, ce surnom avait fait beaucoup pour le marketing de sa campagne de 2002. Tombé depuis dans l'oubli, il a réapparu cette année pour illustrer la volonté de Lula de ne pas s'abaisser à répondre aux attaques nombreuses et virulentes de ses adversaires.

06.10.2006

Tous les coups sont permis

Nous commencions à penser que les élections brésiliennes s'étaient au final déroulées dans une triste normalité, sans la foule d'anecdotes croustillantes et exotiques auxquelles nos préjugés nous avaient pourtant préparées.

Heureusement, une histoire savoureuse nous est parvenue aujourd'hui par le biais de la presse du Pernambouc. La Police Militaire de Santa Maria da Boa Vista, dans l'intérieur de cet Etat du Nord-Est, a révélé hier avoir saisi un certain nombre de "santinhos" (prospectus électoraux) dont le but était manifestement d'induire en erreur les électeurs au profit de Geraldo Alckmin.

medium_cola_pronta.jpg
Comme le montre l'image ci-dessus, la ruse est triviale: c'est le numéro 45 du candidat Alckmin qui apparaît au-dessous de la photo du candidat Lula sur la "cola" (sorte d'anti-sèche distribué par les partis près des bureaux de vote et rappelant aux électeurs les numéros à entrer dans l'urne électronique), en lieu et place du numéro 13 du président sortant.

Les autres candidats de la "cola" étant tous du Parti du Front Libéral (PFL, numéro 25), les soupçons se portent naturellement sur ce grand parti appartenant à la "Coalition pour un Brésil décent" du candidat Alckmin.

Bien qu'il soit très peu probable que cette initiative soit autre chose qu'une idée absurde d'un comité local peu scrupuleux, Lula a jugé bon de s'en prendre avec virulence aux mauvais plaisantins, les traitant de "paraguayens" (tout sauf un compliment dans la bouche d'un brésilien) et de "faussaires".

Le président sortant a par ailleurs affirmé : "J'ai tout sauf la tête d'un tucano. Tout le monde sait que mon numéro est le 13, celui du coq." (allusion au Jogo do Bicho, loterie clandestine brésilienne comportant 25 numéros, tous associés à un animal).

07.09.2006

"Estupra, mas não mata"

"Violez, mais ne tuez pas"

Mémorable et lamentable sortie du candidat Paulo Maluf, alors candidat du PDS (Parti Démocratique Social, aujourd'hui Parti Progressiste - PP) aux élections présidentielles de 1989, les premières élections au suffrage direct depuis la fin de la dictature militaire. Maluf est une figure importante et ô combien controversée de la politique brésilienne et paulista depuis les années 60. Il a été gouverneur de São Paulo, député fédéral, plusieurs fois candidats à la mairie de São Paulo et à la présidence de la République.

medium_Eu-robo-Maluf-2.jpgMille fois accusé de corruption, détournement de fonds et autres abus de pouvoirs, il s'est longtemps enorgueilli de ne jamais avoir été condamné, son seul passage en prison l'ayant été au seul titre préventif en 2005. Selon ses partisans, encore nombreux aujourd'hui, "Maluf, il vole, mais au moins il agit", en portugais "Rouba, mas faz". Le verbe "malufar" est même rentré dans le vocabulaire politique brésilien pour désigner une gestion volontariste mais peu scrupuleuse !

En 1989, en pleine campagne électorale, alors qu'il clame son soutien à la peine de mort pour les violeurs assassins, il "dérape" en prenant à partie un criminel virtuel dans les termes évoqués ci-dessus. Ce dérapage sera ensuite repris par tous les candidats et sorti de son contexte, asséné aux brésiliens comme si Maluf intimait à ses mâles compatriotes de sortir libérer leur frustration, mais avec modération...

Maluf terminera finalement 5ème au premier tour de l'élection, remportée par le jeune Fernando Collor de Mello (40 ans à peine) devant Lula. Collor sera forcé à renoncer en 1992, accusé de corruption par son propre frère et victime d'une procédure d'impeachment au Sénat Fédéral.