14.10.2006

Des hommes, pas des idées

Un peu tard, direz-vous, mais ce que vous allez lire est assez caractéristique de la politique à la brésilienne, alors "melhor tarde do que nunca".

Il est frappant, au vu des résultats des scrutins du 1er octobre, de constater à quel point le vote des électeurs brésiliens est la plupart du temps attaché à une personnalité, plutôt qu'à un parti ou une idéologie.

Cette prééminence de l'homme politique sur le parti est d'abord manifeste dans les scrutins pour élire les députés, fédéraux ou bien locaux, puisque l'électeur y est appelé à donner sa voix à une personne et non pas à un parti, comme c'est parfois le cas ailleurs dans les élections législatives (à commencer par la France). Au Brésil, c'est la somme des voix obtenues par les députés d'un même parti qui libèrent un quota de sièges pour ledit parti à la Chambre. Les députés qui constituent ce contingent sont ceux qui ont recueilli le plus de voix en leur nom propre.

Remarquons que la possibilité est laissée à l'électeur de ne taper dans l'urne électronique que les deux premiers chiffres qui désignent le parti, mais que cette option est peu utilisée. Ainsi, d'après les résultats définitifs du TSE, dans le scrutin pour élire les députés locaux, ce sont 18,4 % des paulistas qui ont choisi de voter pour un parti plutôt que pour un candidat précis. Aux élections législatives locales de Bahia, cette proportion est de 14,5 %, elle est de 12,5 % dans le Minas et de 10 % à Rio de Janeiro.

Au niveau fédéral, ces chiffres sont encore inférieurs. Les candidats aux postes, plus prestigieux, de députés fédéraux (à la Chambre des députés de Brasilia), sont en effet plus connus du grand public et focalisent d'avantage encore les voix des électeurs. A ce scrutin, seulement 13,6 % des paulistas ont ainsi porté leur suffrage sur un parti, contre 86,4 % sur un candidat en particulier. Cette proportion est encore plus faible à Bahia, 10,9 %, dans le Minas Gerais, 9,2 %, ou encore à Rio de Janeiro, 8,1 %.


Cette faible "incarnation" idéologique du vote est aussi très perceptible dans les différences dans la perception de la coloration politique des Etats, en fonction des scrutins.

Prenons par exemple trois Etats du Nord-Est du Brésil, le Maranhão, le Pernambouc et le Paraíba. Lula du PT y a recueilli respectivement 75 %, 71 % et 65 % des suffrages exprimés au premier tour de la présidentielle, devançant largement son rival Alckmin de la coalition PSDB-PFL.

Dans le même temps, le premier tour des élections des gouverneurs d'Etat a donné une image politique radicalement différente de ces Etats. La candidate du PFL, Mme Sarney (la fille de l'ancien président), est ainsi en ballotage favorable dans le Maranhão, où elle a obtenu 47 % des voix. Le PT ne présentait pas de candidat dans le Maranhão, mais faisait partie d'une coalition qui n'a pas passé le premier tour. Une curiosité ici, Mme Sarney a appelé à voter Lula au deuxième tour de la présidentielle, s'attirant les foudres de son parti, qui appartient à la coalition d'Alckmin et menace désormais d'expulser la probable future gouverneur.

Dans le Pernambouc, l'Etat natal du président sortant, le candidat du PT n'a même pas atteint le second tour, tandis que le candidat du PFL recueillait 39 % des suffrages et reste bien placé pour l'emporter.

Enfin, dans le Paraíba, c'est le candidat du PSDB, le parti d'Alckmin, qui a raté la victoire dès le premier tour à quelques centaines de voix près. Son rival, du PMDB, a rassemblé localement une grande coalition incluant le PT.

En bref, dans trois Etats où Lula (PT) est largement en tête à la présidentielle, les candidats du PT aux gouvernements locaux ont recueilli des scores très faibles et le parti est déjà certain de ne pas obtenir le poste suprême de l'exécutif local.

Ces exemples illustrent bien la difficulté au Brésil de discerner des grandes lignes de force idéologiques dans les Etats, qui sont très rarement des bastions imprenables de tel ou tel parti, mais bien plus souvent de telle ou telle grande figure ou clan. Cela a longtemps été par exemple le cas de l'Etat de Bahia, qui est resté sous la coupe de Antonio Carlos Magalhães (ACM) du PFL ou de ses disciples pendant près de vingt ans, jusqu'à la victoire surprise du petista Wagner au début du mois. A l'inverse, la mairie de Porto Alegre avait été une place forte du PT pendant quinze ans avant la défaite des municipales en 2004.

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