26.10.2006
La presse en découd
Carta Capital est une revue de bonne facture, ayant présenté deux caractéristiques rares en ces temps d'élection :
- elle a pris position clairement et à de nombreuses occasions, là où la plupart de ses homologues ont jugé que le plus conforme aux principes du journalisme était de se déclarer neutre;
- elle s'est engagée aux côtés du président sortant Lula, quand la plupart des organes de média, ceux-là même qui se déclaraient neutres, avaient bien du mal à dissimuler leur mépris du petista et leur préférence pour Geraldo Alckmin.
Ce magazine a ainsi traversé la campagne en s'évertuant à contre-balancer l'"anti-Lulisme" ambiant dans la presse et sur les écrans. Il a fait des choix douteux, comme celui au lendemain du premier tour de titrer "le poids de São Paulo", comme mettant à l'index un Etat qui a pourtant autant que les autres son mot à dire sur l'élection. Mais surtout, la revue a publié une foule de reportages intéressants et pour la plupart dépassionnés, quand ses homologues Veja, Epoca ou encore Istoé avaient souvent du mal à garder leur mesure.
Acculée comme son champion Lula par la "défaite" du premier tour et la semi-surprise de la nécessité d'un deuxième tour, probablement peu aidée dans ses ventes par son refus de monter en épingle les scandales, quand d'autres ne s'en privaient pas, Carta Capital a vu à l'approche de ce dimanche de second tour la roue tourner en faveur de Lula. Le magazine peut désormais savourer sa très probable victoire à sa manière : en volant dans les plumes de ses collègues des médias !
Les couvertures des deux dernières éditions attaquent ainsi de manière frontale les deux plus grands bastions des médias brésiliens, le groupe Globo et le magazine hebdomadaire Veja. Ces derniers sont accusés d'avoir manipulé de manière répétée les informations à leur disposition au bénéfice du candidat Alckmin. Les accusations concernent le traitement de deux éléments très médiatisés de l'affaire du "dossier" : la fuite des photos de l'argent saisi par la Police Fédérale, orchestrée l'avant-veille du scrutin, et les tractations autour de la figure de Freud, ce proche de Lula qui avait été le premier inquiété dans le scandale, mais qui s'était vu plus tard disculpé.
Célébrés sur la blogosphère brésilienne comme une lucide radiographie des graves travers de la presse nationale, les reportages de la revue, relayés par le quotidien Clarin chez le voisin argentin, ont pourtant été totalement passés sous silence par les principaux vecteurs d'information brésiliens. Seule la Globo, directement mise en cause, a répliqué de manière moyennement convaincante, dans un communiqué de deux pleines pages dans le dernier numéro de Carta Capital. Il est bon de saluer ici l'équité de cette dernière, qui cède un droit de réponse dans ses pages à un groupe médiatique qui ne manque pas vraiment d'espace d'expression par ailleurs. Un droit de réponse cependant facturé, ce qui est déjà beaucoup moins éthique, mais peut-on en tenir rigueur à un nain économique comme Carta Capital, face à un géant comme la Globo ?
A n'en pas douter, ces reportages portent la marque d'une certaine vengeance du camp médiatique peu fourni des pro-Lula, tout autant si ce n'est plus que celle d'une croisade pour la qualité et la rigueur de l'information. Espérons néanmoins que les débats qui s'ensuivront se déplacent du champ très élitiste des blogs et de l'internet pour gagner les pages des journaux et l'antenne des télévisions, de manière à ce que la société brésilienne continue d'assister au renforcement de ses médias, ayant laissé derrière eux un lourd historique de collusions et de manipulations politiques.
Carta Capital jouera sans aucun doute un rôle actif dans ces débats.
00:05 Publié dans Campagne 2e tour, Les media | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



Commentaires
Je rêve de la même chose en France... (à quand même moindre mesure bien entendu!)
Ecrit par : Tomate | 29.10.2006
Les commentaires sont fermés.