08.09.2006

Les débats de la campagne

L’inventaire des points forts et points faibles du Brésil (cf. post précédent), les partisans et les opposants du président sortant ont parfois tôt fait de l’assimiler respectivement aux réussites et aux échecs du gouvernement Lula.

C’est aller vite en besogne, tant les réussites du gouvernement ont été en partie conditionnées par des fondamentaux internes antérieurs et servies par une conjoncture favorable, et tant ses échecs sont aussi de lourds héritages du passé.

C’est pourtant bien sur la base de cette situation actuelle que le débat politique devrait avoir lieu, que les leçons du mandat de Lula devrait être tirées, et que les programmes respectifs des candidats devraient se prononcer.

Malheureusement, le débat politique proprement dit est jusqu’à présent le grand perdant de la campagne électorale présidentielle, celle en tout cas qui touche la grande majorité des brésiliens, qui n’ont trop souvent ni le temps ni le désir de creuser les débats d’idées et de confronter les programmes des candidats.

Les spots TV et jingles radios des candidats de l’opposition se concentrent sur les casseroles - réélles - traînées par Lula et son parti, le PT. Ils évoquent les scandales de corruption, la violence urbaine, la misère persistante, et les illusions perdues provoquées par le gouvernement Lula, n’hésitant pas à confronter ses promesses électorales de 2002 et les accomplissements réels de son mandat. Quant aux mesures suggérées pour renverser la vapeur et venir à bout des problèmes structurels du pays, si elles sont bien évoquées sur les sites officiels des candidats (nous reviendrons plus en détails sur les programmes des principaux candidats), elles ne sont ni au cœur de la stratégie de communication de ces derniers, ni à la une des médias.

Lula, lui, se contente principalement de continuer à se poser comme le champion du peuple et comme la victime du préjugé - réel - des classes dominantes à son encontre, et mise avant tout sur deux grands arguments de campagne : la santé et stabilité macro-économique du pays d’une part, ses programmes d’aide aux plus démunis d’autre part, dont le fameux Bolsa-Familia qui suscite la polémique et auquel nous consacrerons un post.

Rappelons pour conclure qu'il n'y a pas de débat prévu entre les principaux candidats, et que Lula, craignant sans doute un guet-apens médiatique, a refusé de se prêter au jeu des questions-réponses des journalistes de la Folha, qui ont d'ailleurs publié au lendemain de ce rendez-vous manqué "les 50 questions qu'ils auraient posé à Lula".

"Brasil tem inflação de 1° mundo e PIB de 3°"

"Le Brésil a une inflation de pays développé, et un PIB de pays du tiers-monde"

Voici le titre qui s’affichait en une du quotidien Estado de São Paulo dans son édition du jeudi 7 septembre 2006 (jour férié au Brésil pour célébrer l’anniversaire de l’indépendance du pays).

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Ce titre résume à lui seul la difficulté qu’affronte l’observateur extérieur qui souhaite aujourd’hui se prononcer sur le statut et la santé économique du pays, et sur son appartenance au "premier monde" (primeiro mundo en portugais) ou plutôt au tiers-monde, dans lequel le monde entier continue de le classer.

Nous tenons ici à vous rappeler de manière synthétique et non-exhaustive les éléments qui tendraient à classer le Brésil dans ces deux mondes a priori bien éloignés.

Les éléments à faveur d’une accession au "premier monde":
- une inflation modérée, inférieure à 4 % pour 2006, et en baisse constante, mois par mois ou presque, depuis plus de deux ans;
- une monnaie forte, qui depuis janvier 2003 s’est appréciée de 62 % par rapport au dollar US;
- des taux d’intérêt en baisse constante, avec un taux de base aujourd’hui à 14,5 % (contre 18 % en 2004);
- une balance commerciale toujours plus excédentaire sur les trois dernières années, et ce malgré la force du real;
- des équilibres macro-économiques internes satisfaisants, avec une balance des paiements positive et un endettement public en baisse, estimé pour 2006 à 51 % du PIB;
- un risque pays raisonnable, qui est passé de 305 pts en 2004 à 250 pts aujourd’hui, plaçant le pays sur les rails de l’ "investment grade", qui devrait attirer d’avantage encore les investisseurs étrangers;
- enfin une continuité politique démocratique certaine, qui fait qu'en dépit des échéances électorales et des potentiels changements au pouvoir qui approchent, il n'existe pas d'inquiétudes ni sur le marché intérieur ni sur les marchés internationaux.

Bien évidemment, tous ces éléments (le dernier mis à part) sont aujourd’hui autant d’arguments de campagne de Lula que de pierres dans les jardins de ses principaux rivaux.

Ces derniers et leurs soutiens se rattrapent cependant en fustigeant Lula au sujet de ces nombreux éléments qui contribuent à maintenir le Brésil et surtout les brésiliens dans le quotidien d’un pays du tiers-monde, en particulier :

- la croissance du PIB, en berne, une des plus faibles de la zone Amérique Latine et de l’ensemble des pays émergents, avec seulement + 2,3 % en 2005 et moins de + 4 % prévu en 2006;
- une consommation interne amorphe résultante d’un pouvoir d’achat qui stagne avec le PIB;
- un contexte politique et institutionnel nettement dégradé, de nombreux scandales de corruption ayant durement affecté en 2005 et 2006 le PT du président Lula ainsi que de nombreux députés fédéraux et sénateurs de tous bords;
- une violence urbaine endémique, avec en particulier les événements tragiques des derniers mois à São Paulo, où le crime organisé a semé la panique et fait montre de sa puissance et de son mépris de l’ordre public;
- des chantiers peu ou pas entrepris, comme celui de l’amélioration du système éducatif, de la réduction durable de la pauvreté à travers des mesures de fond;
- une charge tributaire record, représentant 39,4 % du PIB brésilien au premier semestre 2006, soit une hausse de 9,2 % par rapport à l’année précédente, et qui rappelons-le ne s'accompagne absolument pas au Brésil des bénéfices octroyés par exemple par l'"Etat-providence" aux citoyens de certains pays européens.

En conclusion, des tendances macro-économiques certes dignes d'un pays développé, mais qui n'ont pas permis au pays de sortir d'une réalité sociale toujours désastreuse et qui maintient le pays et la grande majorité de ses habitants loin des standards de vie des pays développés.

Présidentielle : tous les candidats

Un post rapide pour récapituler l'ensemble des candidats à l'élection présidentielle, déclarés et enregistrés auprès du Tribunal Supérieur Electoral.

Dans l'ordre alphabétique des prénoms, comme c'est la coutume au Brésil, les sept candidats sont :
- Ana Maria Rangel, 49 ans, née à Rio de Janeiro (RJ), politologue, représentante du PRP (Parti Républicain Progressiste), n° 44.
- Cristovam Buarque, 62 ans, né à Recife (PE), professeur, représentant du PDT (Parti Démocratique Travailliste), n° 12.
- Geraldo Alckmin, 54 ans, né à Pindamonhangaba (SP), médecin, représentant la coalition "Pour un Brésil décent" composée du PSDB (Parti de la Social-Démocratie Brésilienne) et du PFL (Parti du Front Libéral), n°45.
- Heloísa Helena, 44 ans, née à Pão de Açúcar (AL), sénatrice, représentant la coalition "Le front de la gauche" composée du PSOL (Parti Socialisme et Liberté), du PCB (Parti Communiste Brésilien) et du PSTU (Parti Socialiste des Travailleurs Unifiés), n° 50.
- José Maria Eymael, 67 ans, né à Porto Alegre (RS), avocat, représentant du PSDC (Parti Social Démocrate Chrétien), n° 27.
- Luciano Bivar, 62 ans, né à Recife (PE), homme d'affaires, représentant le PSL (Parti Social Libéral), n° 17.
- Lula da Silva, 61 ans, né à Garanhuns (PE), président de la république, représentant la coalition "La force du peuple" composée du PT (Parti des Travailleurs), du PRB (Parti Républicain Brésilien) et du PC do B (Parti Communiste du Brésil), n° 13.
- Rui Costa Pimenta, 49 ans, né à São Paulo (SP), journaliste, représentant du PCO (Parti de la Cause Ouvrière), n° 29.

A noter que ce dernier candidat fait pour le moment l'objet d'une procédure d'annulation de sa candidature de la part du TSE pour ne pas avoir envoyé dans les délais au tribunal les détails de ses comptes de campagne en 2002. Il a fait opposition à la décision du TSE, dont la décision finale est en suspens.

07.09.2006

Sabatinas

La Folha de São Paulo, principal tirage quotidien du pays, a annoncé mardi soir avoir reçu la confirmation de la non-participation de Luiz Inácio Lula da Silva à son cycle d'entretiens ("Sabatinas") avec les principaux candidats à l'élection présidentielle. L'invitation courait sans réponse depuis plus de deux mois, et l'entretien était prévu pour mercredi 6.

Heloísa Helena et Geraldo Alckmin se sont quant à eux prêtés, lundi 3 et mardi 4, au jeu des questions-réponses avec quatre journalistes de la Folha de São Paulo.

Selon le quotidien, aucun motif n'a été fourni par le candidat petista pour justifier sa non-participation.

Les derniers sondages

A moins d'un mois du 1er octobre, les sondages indiquent toujours une victoire dès le premier tour du candidat Luiz Inácio Lula da Silva (PT).

Mauvaise nouvelle pour Geraldo Alckmin (PSDB), l'impact des premières semaines de la campagne audiovisuelle gratuite, dont il attendait énormément, s’est avéré nul, et ce malgré une stratégie résolument agressive. Une stratégie qui pourrait, on l’a évoqué, lui attirer des ennuis auprès de la justice électorale.

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Le dernier sondage de l’institut indépendant Datafolha, réalisé les 4 et 5 septembre 2006 auprès d’un panel de 7 724 électeurs brésiliens, montre ainsi les tendances suivantes par rapport au précédent sondage : le président sortant Lula gagne un point en intention de vote, passant de 50 à 51 %, tandis qu’Alckmin stagne à 27 % et Heloísa Helena (PSOL) perd un point à 9 %.

Plus menaçants encore pour les chances d’Alckmin d’atteindre le second tour, les résultats des intentions de vote spontanées (« Pour qui allez vous voter en octobre ? », sans propositions), sur le même panel, donnent à Lula 41 % des voix, un record depuis 1989. Or le vote spontané présente la particularité, par rapport au vote avec propositions, de manifester une conviction beaucoup plus grande du sondé. Un tel score représente en quelque sorte un niveau plancher au-dessous duquel le candidat Lula ne devrait pas descendre lors du premier tour.

Comme le montrent ci-dessous les infographies de la Folha de São Paulo du 6 septembre 2006 à partir des données Datafolha, les tendances régionales ne bougent pas , ou alors au bénéfice du président sortant. Lula a ainsi gardé son impressionnant capital de voix dans son Nordeste natal (région administrative regroupant 26 % de la population dans 9 des 27 Etats brésiliens), où il écrase ses rivaux avec 69 % des intentions de vote. Surtout, il a comblé en un mois et demi la moitié de son retard à São Paulo (46 % Alckmin vs. 32 % Lula le 17-18 juillet, contre 43 % Alckmin vs. 37 % Lula le 4-5 septembre).
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A noter le bon score d'Heloísa Helena dans l'Etat de Rio de Janeiro, où elle réalise un score deux fois supérieur à sa moyenne nationale, avec 18 % d’intentions de vote. La sénatrice talonne ainsi Alckmin dans l'Etat carioca. Le candidat tucano conserve son leadership à São Paulo, et reste stable à moins de 10 points de Lula dans le Sud et le Sudeste.

Lula reste le candidat qui suscite le plus fort rejet, 28 % des sondés excluant de manière catégorique un vote pour le petista. Heloísa et Alckmin ne sont pas loins derrière, avec respectivement 25 et 23 % de rejet.

Si nous analysons enfin le vote en fonction des classes sociales, le vote Lula va clairement decrescendo avec la "montée" dans les échelons sociaux (que l'on prenne en compte la rémunération ou le niveau d'éducation), tandis que les votes Alckmin et HH présentent une pente inverse. L'avance de Lula continue donc de reposer sur un vote extrêmement populaire (59 % d'intentions de vote au sein de la population dont le revenu mensuel est inférieur à deux salaires minimum), et est de moins en moins rognée par les classes moyennes (revenu mensuel compris entre 5 et 10 salaires minimum) qui placent même désormais le petista légérement en tête. Seules les classes les plus favorisées (financièrement ou au niveau de l'éducation, les deux facteurs étant évidemment très corrélés) continuent de lui préférer Alckmin.

Les spots TV du PRONA

Quelques spots TV du Dr. Enéas du PRONA, dans lesquels il laisse libre cours à ses grands talents d'orateur, qui déjà en 2002 lui avaient rapporté plus d'un million et demi de voix à l'élection pour le poste de député fédéral...











PRONA

medium_adesivos.jpgPartido da Reedificação da Ordem Nacional (Partie de la Reconstruction de l'Ordre National)

Absent à l'élection présidentielle de 2002, Enéas Carneiro, le fondateur du PRONA (1989), qui avait été candidat en 1989, 1994 et 1998, atteignant la quatrième place au 1er tour de ce dernier scrutin avec 1,5 millions de voix, a une nouvelle fois choisi de ne pas se présenter au poste suprême cette année. Ce sont des raisons de santé qui ont guidé son choix, lui qui a souffert d'une grave maladie (leucémie) en ce début d'année 2006.

Le PRONA est un parti d'extrême-droite, profondèment nationaliste et inscrit dans la mouvance intégraliste (mouvement politique brésilien des années 1930, cf. article de Wikipédia en français ou, plus détaillé, en portugais).

medium_eneas.jpgIl repose entièrement sur la figure de son charismatique président, dont le look particulièrement impressionnant - jugez-en par vous-même - et les positions polémiques défendues avec emphase ont laissé une empreinte durable dans la vie politique brésilienne. Ne disposant que d'un temps de parole réduit (spot de 17 secondes) lors de sa première candidature, Enéas Carneiro, médecin au civil, a appris à jouer des mots comme on tire à la mitraillette. Ses allocutions sont saccadées, haineuses, volontairement simplistes et répétitives, jouant clairement la carte du "bourrage de crâne" en mettant en avant le numéro de son parti, le 56, qui devra être utilisé lors du vote électronique.

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Pour les élections 2006, Enéas ambitionne d'être reconduit au poste de député fédéral pour l'Etat de São Paulo, qu'il occupe déjà depuis 2002. Son discours met en avant le fait qu'il n'ait jamais été impliqué dans le moindre scandale de corruption, argument électoral plutôt percutant par les temps qui courent. Dans les spots diffusés actuellement lors des plages électorales gratuites, il conclut : "avec ou sans barbe - il l'a perdu lors du traitement de sa leucémie -, je suis toujours le même."

Le PRONA n'a pas donné de consignes officielles pour le vote à l'élection présidentielle.

"Estupra, mas não mata"

"Violez, mais ne tuez pas"

Mémorable et lamentable sortie du candidat Paulo Maluf, alors candidat du PDS (Parti Démocratique Social, aujourd'hui Parti Progressiste - PP) aux élections présidentielles de 1989, les premières élections au suffrage direct depuis la fin de la dictature militaire. Maluf est une figure importante et ô combien controversée de la politique brésilienne et paulista depuis les années 60. Il a été gouverneur de São Paulo, député fédéral, plusieurs fois candidats à la mairie de São Paulo et à la présidence de la République.

medium_Eu-robo-Maluf-2.jpgMille fois accusé de corruption, détournement de fonds et autres abus de pouvoirs, il s'est longtemps enorgueilli de ne jamais avoir été condamné, son seul passage en prison l'ayant été au seul titre préventif en 2005. Selon ses partisans, encore nombreux aujourd'hui, "Maluf, il vole, mais au moins il agit", en portugais "Rouba, mas faz". Le verbe "malufar" est même rentré dans le vocabulaire politique brésilien pour désigner une gestion volontariste mais peu scrupuleuse !

En 1989, en pleine campagne électorale, alors qu'il clame son soutien à la peine de mort pour les violeurs assassins, il "dérape" en prenant à partie un criminel virtuel dans les termes évoqués ci-dessus. Ce dérapage sera ensuite repris par tous les candidats et sorti de son contexte, asséné aux brésiliens comme si Maluf intimait à ses mâles compatriotes de sortir libérer leur frustration, mais avec modération...

Maluf terminera finalement 5ème au premier tour de l'élection, remportée par le jeune Fernando Collor de Mello (40 ans à peine) devant Lula. Collor sera forcé à renoncer en 1992, accusé de corruption par son propre frère et victime d'une procédure d'impeachment au Sénat Fédéral.

Censure ou Mesure ?

Passe d'arme ces derniers jours entre le candidat Geraldo Alckmin du PSDB et le Tribunal Supérieur Electoral (TSE).

Le 4 septembre, le TSE interdit la rediffusion d'un spot particulièrement saignant de la coalition du candidat tucano, dans lequel il attaque directement la probité de Lula.

Ce spot confronte les dires de Lula proclamant en 2002 que le PT voyait son poids augmenter à chaque élection car il savait bien gouverner aux nombreux scandales qui ont émaillé le mandat du président sortant. Le texte dit : "Mensalão, Waldomiro, caisse noire du PT, corruption dans les compagnies régionales, dollars dans le caleçon, mafia des ambulances. Le Brésil vit la plus grande crise de corruption de son histoire. Et vous faites toujours confiance à Lula ?" (spot à rapprocher des jingles radio anti-mensalão et anti-corrupção déjà évoqués sur ce site).

Le lendemain, 5 septembre, lors d'une conférence devant des hommes d'affaires brésiliens, Alckmin réplique qu'il ne voit pas pourquoi il devrait "s'interdire de présenter des faits publiquement avérés", et qu'il ne croit pas à la possibilité d'une censure réelle de la justice électorale.

La confirmation et l'application d'une telle décision de la part du TSE pourrait porter un grave préjudice à la campagne de Geraldo Alckmin, dont la stratégie pour les dernières semaines de campagne est celle d'attaques tout azimut contre le candidat Lula. A l'inverse, si cette "censure" ne se confirmait pas, nous pouvons nous attendre à une escalade médiatique terrible dans les dernières semaines de campagne.

06.09.2006

Pouvoir et enrichissement personnel à l'Assemblée Législative de l'Etat de São Paulo

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Nous revenons dans ce post sur un article publié par la Folha de São Paulo le 19 août 2006.

Cet article fait état, à partir des données fournies à la justice électorale (TSE) par les députés de l’Etat de São Paulo candidats à une nouvelle investiture - comme député d’Etat ou comme député fédéral -, de l’évolution de leur patrimoine entre 2002 et 2006.

Nous récapitulons dans un tableau Excel téléchargeable ici ces données en ne tenant pas compte des extrêmes, d’une part le seul représentant du Parti Progressiste (PP), dont le patrimoine de 19 millions de R$ fausse totalement la moyenne, d’autre part le Colonel Ubiratan du PTB, apparemment aujourd’hui sans le sou. L’augmentation moyenne du patrimoine des députés passe alors à 55 %, plutôt que les 40 % indiqués dans l’article de la Folha.
Tableau récapitulatif :
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Ces informations sont intéressantes à plusieurs titres.

Avant tout, elles nous renseignent sur le niveau moyen de richesse des députés paulistas selon leur parti d’appartenance. En 2002 comme en 2006, pas vraiment de surprise, ce sont les représentants des partis populaires de gauche (le PT de Lula) et d’extrême gauche (son allié le PC do B) qui présentent les patrimoines les moins conséquents. Aujourd’hui encore, ce sont les candidats de ces partis qui, de par leur situation financière, sont les plus proches (ou plutôt les moins éloignés) de la réalité financière de l’immense majorité des électeurs.

Un député paulista du PT déclare ainsi un patrimoine moyen de 270 000 R$ (98 000 €) en 2006, soit moins de 30% du patrimoine moyen de l’ensemble des députés de l’Etat de São Paulo (930 000 R$, soit 338 000 €). Les députés du PC do B sont en moyenne deux fois moins riches encore que ceux du PT (150 000 R$ en patrimoine, soit 54 000 €).

A l’autre extrémité, le PFL (libéraux), le PTB (travaillistes), le PSB (socialistes), le PV (écologistes), le PDT (travaillistes), le PMDB (démocrates) et le PSDB (sociaux-démocrates) sont au-dessus de la moyenne, avec des patrimoines moyens pour leurs députés allant decrescendo de 1,8 à 0,9 million de R$ (de 657 000 à 339 000 €).

Un deuxième axe de lecture, privilégié d’ailleurs par les deux journalistes, est l’enrichissement moyen des députés selon les partis entre 2002 et 2006. Et là, le palmarès s’inverse, puisque derrière le parti écologiste (PV) dont les députés membres se sont considérablement enrichi (multipliant leur patrimoine par 2,4), et le PSC (deux députés seulement, le « panel » est peu représentatif), on trouve en 3ème et 4ème position le PCdoB (+ 97,4 %) et le PT (+ 91,8 %). Le PFL de l’actuel gouverneur de São Paulo, M. Cláudio Lembo, est 5ème avec + 70 %.

Le journaliste suggère, et il paraît d'abord difficile de ne pas le suivre, que cet enrichissement moyen de l’ensemble des députés est suspect, soulignant le fait qu’un salaire de député d’Etat, de l’ordre de 12 000 R$ mensuels, ne pouvait pas dans la plupart des cas permettre un tel enrichissement, ni surtout expliquer de telles disparités entre les partis politiques.

L'enrichissement moyen des députés du PT et du PC do B, très importants en valeur relative, reste pourtant raisonnable en valeur absolue, c'est-à-dire largement compatible avec les économies réalisées pendant quatre ans sur la base d'un salaire de 12 000 R$. Seuls trois des dix-neuf députés du contingent petista se sont enrichis de manière plus suspecte, sans que l'on puisse pour autant écarter la possibilité que cet enrichissement soit le seul fait de leurs affaires privées.

Côté PFL, l'enrichissement moyen absolu (plus de 740 000 R$, pour un salaire cumulé sur les quatre ans de 576 000 R$) est déjà moins "normal", et trois des neuf députés se sont considérablement enrichis pendant leur mandat. Enfin, les députés du PSDB se sont enrichis en moyenne de 305 000 R$ pendant leur mandat, ce qui apparaît comme possible dans le cadre de leurs fonctions publiques, sauf pour quatre d'entre eux (sur dix-neuf) qui ont accumulé dans l'intervalle beaucoup plus ce que leur salaire leur a rapporté.

En conclusion, il faut évidemment rester vigilant. Les journalistes brésiliens, échaudés par les scandales de corruption, n'hésitent pas, comme dans cet article plein de sous-entendus (le plus sonore étant anti-PT), à tirer sur l'ambulance et à écorner l'ensemble de la classe politique, quand une étude plus rigoureuse des données à leur disposition les conduirait à des conclusions plus mesurées.

Les brésiliens, déjà persuadés que leur classe politique dans son ensemble est corrompue, n'ont pas besoin que leur presse vienne noircir le tableau, mais plutôt qu'elle les aide à séparer le bon grain de l'ivraie...

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