20.09.2006

Pendant ce temps, les sondages...

Les derniers sondages de l'institut Datafolha, réalisés les 18 et 19 septembre (après donc que le scandale du dossier Serra eut éclaté) auprès de 7735 électeurs, ne révèlent aucun changement ou presque par rapport à ceux de la semaine précédente.

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Alckmin continue de grignoter son retard, et gagne un nouveau un point qui lui permet de passer de 28 à 29% d'intentions de vote au 1er tour. La possibilité pour lui d'accrocher un second tour reste encore très éloignée, puisque Lula se maintient à 50% d'intentions de votes, soit une fois exclus les votes blancs, nuls et les indécis, 56% des votes utiles.

Au deuxième tour, s'il devait y en avoir un, Lula continuerait à l'emporter facilement avec 55% des intentions de vote, contre 38% à son rival du PSDB (qui gagne là aussi un petit point).

Les "Flash" de Geraldo

Le site de campagne de Geraldo Alckmin du PSDB a un petit goût de revenez-y, et ça n'est pas forcèment dû à son contenu. Le site geraldo45.com.br propose tous les jours aux internautes une animation au format Flash, qui se lance automatiquement lors de l'accès à la page d'accueil.

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Régulièrement remplacée, cette animation graphique du type dessin animé fait toujours référence de manière comique aux différents scandales qui ont émaillé le mandat du président Lula. Depuis le début de cette initiative, ce sont douze versions différentes qui ont ainsi animé la page d’accueil du site.

En cliquant sur les différents numéros ci-dessous vous pourrez assister à ces animations.
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Le plus souvent, le personnage de Lula apparaît au final pour dire "Não sei nada, não vi e não ouvi nada" ("Je ne sais rien, je n’ai rien vu et rien entendu"). Cette phrase est un bon résumé de sa ligne de défense lors des différents scandales, une stratégie qui rend fou de rage ses opposants et bon nombre des analystes politiques brésiliens, mais qui lui a permis de se sortir relativement indemne des tempêtes qui se sont abattues sur son parti depuis deux ans.

"Não sei nada" est aussi le nom de la section du site geraldo45.com.br qui récapitule tous ces scandales, fournissant à l'internaute un résumé rapide et orienté de chacune des affaires.

L’utilisation de ces flash prouve en tout cas que contrairement aux apparences, Geraldo Alckmin a de l’humour. Ils constituent une innovation assez intéressante, bien qu'à la portée assez limitée, dans les stratégies de campagne des candidats.

Le PT et Lula dans la tourmente

Les éléments à charge s’accumulent contre le Parti des Travailleurs (PT) dans l’affaire du "dossier noir" contre José Serra.

Tous les intrigants arrêtés depuis vendredi dernier, qu’ils soient les "vendeurs" (Vedoin, le mafieux du scandale des ambulances, et son oncle Trevisan) ou les "acheteurs" (Gedimar et Valdebran) du fameux dossier, sont liés de près ou de loin à la galaxie PT et à la campagne de Lula. Freud Godoy, l’intermédiaire, celui que les journaux appellent désormais le "faz-tudo" (l’homme à tout faire) de Lula, apparaît quant à lui dans les comptes de Marcos Valério, le publicitaire qui était le trésorier du scandale du Mensalão.

Surtout, les premiers éléments de l’enquête semblent indiquer que les "acheteurs" ont été mandatés par un certain Lorenzetti, que les médias brésiliens désignent comme une des éminences grises de la campagne de réélection du président sortant. L’idée de Lorenzetti aurait été de faire publier ensuite les informations compromettantes pour Serra et le PSDB dans la revue hebdomadaire à grand tirage Época, dont il avait sondé l’intérêt lors d’une réunion informelle.

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Le président du PT et coordinateur général de la campagne de Lula, Ricardo Berzoini, est aujourd’hui à son tour mis en cause par la presse brésilienne. Il a reconnu hier être au courant des rencontres entre Lorenzetti et la revue Época, tout en démentant énergiquement avoir été informé du contenu de ces échanges. Il a été sommé par Lula de faire la lumière sur cette affaire, et serait aujourd’hui menacé à son poste. Berzoin a annoncé par ailleurs avoir reçu et accepté la démission de Lorenzetti, qui, à l’image de Freud Godoy et de tous les inquiétés dans les différents scandales qui ont rythmé l’administration Lula, a préféré se mettre volontairement hors jeu avant une éventuelle sanction de la hiérarchie.

Lula, qui était à New York pour recevoir le prix d’ "homme d’Etat de l’année" décerné par une fondation américaine, a clamé devant les médias brésiliens et étrangers son indignation , et s’est interrogé tout haut sur l’identité de ceux qui pouvaient avoir un intérêt à "salir" la campagne à 10 jours du scrutin.

Il a clairement évoqué la possibilité d’une manipulation, appuyant son discours d’une référence historique qui parle aux brésiliens : celle d’une grossière simulation du gardien de but chilien Rojas lors d’un match éliminatoire Brésil - Chili pour la Coupe du Monde 1990. Rojas avait fait mine de recevoir un projectile venu des tribunes et feint un saignement à l’aide de sauce tomate !

Le Tribunal Supérieur Electoral n’a quant à lui pas attendu le retour du président pour se prononcer, et annoncer qu’une enquête serait ouverte à son encontre ainsi qu’à celle des principales figures impliquées dans l’affaire (entre autres, Ricardo Berzoini et Thomaz Bastos, ministre de la Justice). L’avocat de Lula a dénoncé une "tempête dans un verre d’eau" et une procédure principalement médiatique et n’ayant aucune chance d’aboutir.

Quant au contenu du dossier, il est totalement éclipsé en une des médias par les péripéties de son obtention. Il est impossible ce matin du 20 septembre de trouver sur les hotsites "Elections 2006" des principaux quotidiens ou portails d’informations brésiliens le moindre article détaillé, le moindre éclaircissement sur ce qui le compose.

medium_capa_400.jpgSeule la revue hebdomadaire Istoé a choisi d’insister plutôt sur l’implication de Serra dans le scandale des ambulances. Son dernier numéro propose une interview avec les membres de la famille Vedoin, au cœur du scandale. La une, sans équivoque, leur fait dire : "les années où Serra était ministre [de la santé] furent pour nous les meilleures".

Affaire à suivre, dans toutes ses composantes, plus que jamais.

19.09.2006

Heloísa Helena dans Le Monde

Nous avons bien fait d’attendre.

Primo, nous nous apprêtions à écrire un post sur le manque d’intérêt porté par la presse française à la campagne électorale brésilienne. Le dernier article publié par Libération sur les élections remontait en effet au 31 août, celui du Monde au 8 septembre.

Secundo, nous pensions publier ces jours-ci les portraits des principaux candidats, en commençant par la pasionaria Heloísa Helena, du PSOL. Cela fait un moment que nous promettons ces portraits, mais le manque de temps et la prime à l’actualité remettaient sans cesse à plus tard leur élaboration.

Nous avons donc bien fait d’attendre, car Le Monde, dans son édition d’aujourd’hui (datée du 20 septembre), nous fait mentir sur le premier point et nous donne un coup de main sur le second, en publiant un article de sa correspondante à Rio de Janeiro, Annie Gasnier, intitulé "Heloísa Helena, l'option radicale face à la réélection annoncée du président brésilien Lula".

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Le portrait grand-angle est relativement complet et équilibré, quoique peut-être un brin trop bienveillant à l’encontre de la sénateur de l’Etat d’Alagoas (photo ci-dessus, de Sergio Moraes, Reuters). Sont en effet passées sous silence les accusations (rares, il est vrai) de partialité voire de corruption formulées depuis le début de la campagne contre Heloísa, notamment celle d’avoir voté en 2000 contre la cassation d’un sénateur corrompu.

Les "fofocas" (rumeurs, intrigues) de la politique brésilienne lui ayant prêté des relations pour le moins extraprofessionnelles avec cet homme, Luiz Estevão, Heloísa Helena a jugé bon de mettre les choses au point au début du mois : "je ne couche pas avec les hommes riches et ordinaires, je leur vomis dessus." Une manière comme une autre de clore le débat !

Dans la presse

Branle-bas de combat ce matin dans la presse brésilienne, autour du scandale que nous évoquions, et principalement de l'implication de Freud Godoy (cf. post précédent).

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Les journaux de ce matin évoquent en une la chute du conseiller "direct", "personnel" ou encore "spécial" du président Lula, avec les photos de ce dernier se rendant l'air serein à la Police Fédérale pour s'expliquer sur cette affaire.

Nous ne disposons pas pour le moment de nouveaux éléments sur ce que les journaux appellent désormais la "guerre électorale".

18.09.2006

Nouveau scandale ?

Une polémique de grande ampleur secoue depuis vendredi le gouvernement Lula et vient pimenter une campagne électorale que nombre d'observateurs brésiliens et internationaux commençaient la semaine dernière à trouver sérieusement soporifique, Lula caracolant en tête dans les sondages et refusant d'affronter ses rivaux directs dans les débats.

medium_f-jose-serra.jpgDeux hommes, un avocat (Gedimar Pereira Passos) et un membre du PT (Valdebran Padilha da Silva, du Mato Grosso, qui a depuis été suspendu par son parti), ont été arrêtés vendredi par la Police Fédérale à São Paulo en possession de 1,7 millions de R$, soit près de 620 000 euros. Cet argent, dont l'origine est encore à établir, devait semble-t-il servir à acheter des documents à charge (cassettes audio et vidéo, documents divers) contre le candidat du PSDB au poste de gouverneur de São Paulo, José Serra (photo).

Les "vendeurs" de ces documents ont été arrêtés pendant le week-end. Et Luiz Antônio Vedoin, qui devait envoyer son oncle retrouver nos pieds nickelés pour leur remettre les éléments à charge, n'est pas exactement un inconnu, puisqu'il est au centre du deuxième plus grand scandale de ces dernières années, celui des "sanguessugas" (sangsues).

C'est ainsi que les médias ont qualifié les nombreux députés fédéraux de tous bords qui ont été mêlés de près ou de loin en 2004-05 à une affaire de détournement d'argent par surfacturation de ventes d'ambulances à des mairies aux quatre coins du pays. Et c'est autour de l'implication possible de José Serra dans cette affaire que le désormais fameux "dossier" aurait été constitué.

Le hic, pour le président Lula, c'est le fait que Gedimar Pereira Passos ait indiqué aux enquêteurs que l'argent en sa possession provenait du PT, et que son contact au sein du Parti des Travailleurs était Freud Godoy, qui se trouve être le conseiller de Gilberto Carvalho, chef de cabinet de... Lula.

medium_freud_godoy.jpgFreud Godoy (photo Paulo Pinto de l'Agence Estado), tout en démentant avec véhémence son implication dans cette affaire, a aujourd'hui lundi 18 septembre préféré démissionner de son poste, à titre préventif.

L'enquête devrait suivre son cours dans les prochains jours, et il convient en attendant de prendre des pincettes. Certes, le poste de gouverneur de l'Etat de São Paulo est le plus important du pays après celui de Président de la République. Pour autant, pouvons-nous considérer que sa conquête par Aloizio Mercadante (PT), distancé aujourd'hui dans les sondages, justifierait que le Parti des Travailleurs choisisse de se lancer dans une vaste campagne de discréditation de José Serra, au risque de mettre en péril la réélection de Lula ? Cette prise de risque, à deux semaines de l'élection, paraît inconsidérée. Nous ne pouvons pas cependant pour le moment exclure cette hypothèse, pas plus que celle d'une vaste manipulation anti-PT (mais à l'instigation de qui ?).

medium_20060918-serra_hh.jpgGeraldo Alckmin et Heloísa Helena (photo Folha Image), voyant évidemment dans cette affaire une opportunité en or de relancer leur campagne, ne se sont eux pas gênés aujourd'hui pour ruer dans les brancards et clamer que l'argent vient pour l'un "de l'argent public", pour l'autre "du narcotrafic".

Alckmin croit dur comme fer à la possibilité d'exploiter cette affaire pour arracher dans la dernière ligne droite le deuxième tour qu'il espère tant. Son site officiel de campagne fait la part belle aux derniers rebondissements de l'affaire, et l'animation flash du "dollar dans le slip" qui a refait son apparition en home page (en référence à un précédent scandale de corruption du PT), est particulièrement d'actualité à l'heure où Gedimar et Valdebran ont été piégés avec plus d'un million de reais sur eux. Vous pouvez télécharger cette animation en cliquant ici.

Heloísa a elle tout à gagner dans l'affaire puisque sont impliqués le PSDB de Serra et Alckmin, et le PT de Lula. Elle tire donc à boulets rouges sur son site officiel sur ses deux rivaux, qu'elle renvoie dos à dos en disant "Un schéma illégal regroupe de nouveau Petistas et Tucanos".

Le flyer de la semaine

En provenance directe de Rio de Janeiro, le flyer de campagne de Chiquinho (PMDB), le "candidat du monde de la samba" à l'Assemblée Législative de l'Etat.

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Chiquinho, de son vrai nom Francisco Manoel de Carvalho, a été responsable des sports dans l'Etat de Rio, sous le gouvernement local de Rosinha Garotinho. Il est connu comme "Chiquinho da Mangueira", du nom de la fameuse école de samba "Estação Primeira da Mangueira", l'une des plus traditionnelles du carnaval carioca.

Chiquinho est candidat pour le PMDB, qui a ratissé large avec une coalition "Unis pour Rio" rassemblant entre autres des partis chrétiens (PSC et PTC), le PP de Maluf, le PRONA du Dr. Enéas, etc.

Nouveaux liens

Pour ceux d'entre vous qui lisent le portugais et sont intéressés par le traitement médiatique de la campagne, et peut-être par certains enjeux régionaux des prochaines élections, nous avons jugé bon de rajouter des liens dans la colonne de gauche vers les rubriques "Elections 2006" des principaux journaux régionaux.

medium_jornais.jpgEstado de Minas
Diario do Pernambuco
A Tarde (Bahia)
Gazeta do Povo (Curitiba)
Correio Brasiliense (Brasilia)
O Dia (Rio de Janeiro)

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