06.10.2006
Tous les coups sont permis
Nous commencions à penser que les élections brésiliennes s'étaient au final déroulées dans une triste normalité, sans la foule d'anecdotes croustillantes et exotiques auxquelles nos préjugés nous avaient pourtant préparées.
Heureusement, une histoire savoureuse nous est parvenue aujourd'hui par le biais de la presse du Pernambouc. La Police Militaire de Santa Maria da Boa Vista, dans l'intérieur de cet Etat du Nord-Est, a révélé hier avoir saisi un certain nombre de "santinhos" (prospectus électoraux) dont le but était manifestement d'induire en erreur les électeurs au profit de Geraldo Alckmin.

Les autres candidats de la "cola" étant tous du Parti du Front Libéral (PFL, numéro 25), les soupçons se portent naturellement sur ce grand parti appartenant à la "Coalition pour un Brésil décent" du candidat Alckmin.
Bien qu'il soit très peu probable que cette initiative soit autre chose qu'une idée absurde d'un comité local peu scrupuleux, Lula a jugé bon de s'en prendre avec virulence aux mauvais plaisantins, les traitant de "paraguayens" (tout sauf un compliment dans la bouche d'un brésilien) et de "faussaires".
Le président sortant a par ailleurs affirmé : "J'ai tout sauf la tête d'un tucano. Tout le monde sait que mon numéro est le 13, celui du coq." (allusion au Jogo do Bicho, loterie clandestine brésilienne comportant 25 numéros, tous associés à un animal).
19:20 Publié dans Anecdotes & Insolite, Bonnes idées, Campagne 1er tour | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
05.10.2006
La pêche aux votes
Reléguant sans ménagement les scandales en pages intérieures des journaux, c'est désormais la pêche aux votes, à laquelle se livrent activement Alckmin et Lula, qui fait la une des médias brésiliens.
Obtenir le report des voix des rivaux du 1er tour, Heloísa Helena et Cristovam Buarque, est sans conteste l'objectif prioritaire des deux adversaires. Pour rappel, la "Pasionaria" du PSOL a tout de même recueilli 6,85 % des votes valides, soit les suffrages de plus de 6,6 millions de brésiliens. Quant à l'économiste Buarque du PDT, il est à la tête d'un petit pécule de 2,5 millions d'électeurs qui lui ont rapporté 2,4 % des votes valides.
Le calcul est donc simple : toutes choses égales par ailleurs, il suffirait à Lula (48,6 % des votes valides à l'issue du 1er tour) de récupérer les électeurs de Cristovam Buarque pour dépasser les 50 % au 2ème tour. Alckmin (41,6 %), de son côté, l'emporterait seulement en enlevant les votes des deux candidats éliminés.
Voilà pour la théorie. Dans la pratique, cela sera sans doute plus compliqué. Heloísa Helena, sanguine comme à son habitude, a annoncé dès le lendemain du vote qu'elle n'appellerait pas ses électeurs à reporter leurs voix sur l'un des deux adversaires honnis. Mais la position de son parti, le PSOL, pourrait être différente. Il n'est pas exclu que le PSOL, pourtant créé en dissidence du PT, pousse Heloísa à orienter ses électeurs vers un vote Lula. En échange, ce dernier une fois élu ferait au parti des concessions qui assureraient sa survie, aujourd'hui menacée par son faible score aux élections législatives (le PSOL est en deça de la "clause de la barrière").
Cristovam Buarque a quant à lui annoncé qu'il se rangerait à la décision de son parti, le PDT, lequel est depuis trois jours courtisé sans relâche par les états-major de campagne du PSDB et du PT.
Une chose est sûre, aucun des deux principaux vaincus du 1er tour n'appellera à voter blanc ou nul. Un vote protestataire qui aurait bien arrangé Lula, puisque, n'étant pas comptabilisé, il approcherait mécaniquement le président sortant de la barre des 50 % des votes valides.
23:25 Publié dans Campagne 2e tour | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Berzoini : par ici la sortie ?
Les heures de Ricardo Berzoini à la tête du Parti des Travailleurs (PT) seraient semble-t-il comptées. Lula aurait décidé de faire place nette d'ici à dimanche et au débat qui l'opposera à Alckmin sur la TV Bandeirantes. L'objectif du président sortant est de ne pas laisser la moindre prise à Alckmin pour l'accuser de fermer les yeux sur les magouilles et de ne pas sanctionner ses compagnons de route.
Berzoini, en plus d'être le secrétaire national du PT, était jusqu'à la semaine dernière le chef de campagne de Lula, mais avait de sa propre initiative démissionné de ce poste après les révélations sur son implication dans le scandale du dossier.
Pas sûr que son éviction ne suffise à rendre sa virginité au PT, mais le discrédit de Berzoini auprès de l'entourage de Lula et des brésiliens dans leur ensemble est aujourd'hui tel que cette mise à l'écart est nécessaire. Pour ce qui est des conclusions de la justice sur la réalité de sa participation au montage ou à la commande du "dossier", il faudra attendre...
23:15 Publié dans Les Partis | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Tant pis pour les homosexuels
A Rio de Janeiro, le prêtre et sénateur évangélique Marcelo Crivella, troisième lors du 1er tour de scrutin pour l'élection au poste de gouverneur de l'Etat, a chèrement vendu son soutien à Sergio Cabral du PMDB.
Crivella a en effet conditionné l'apport de ses 18 % de votes valides au retrait par Cabral d'un projet de loi que ce dernier avait soumis au Sénat et ayant trait au mariage homosexuel.
Cabral s'est aussitôt exécuté, et, déjà crédité de 41 % au premier tour, il ne devrait plus avec cette manne de voix avoir de problèmes à remporter le 2ème tour de scrutin contre son adversaire Denise Frossard (PPS).
23:00 Publié dans Campagne 2e tour | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
04.10.2006
118 "zombies" à la Chambre
Nous avions évoqué dans un précédent post la nouvelle "clause de la barrière". Il s'agit d'un seuil en pourcentage des votes qu'un parti doit atteindre à l'échelle nationale pour pouvoir avoir des députés à part entière à la Chambre des députés de Brasilia. Les partis n'atteignant pas ce seuil devant eux se contenter d'y avoir des sous-députés, ou "députés-zombies".
Selon les premiers éléments, l'élection de ce dimanche aurait conduit 118 "zombies" à l'assemblée, soit près d'un député sur quatre. Certains d'entre eux sont bien connus, tels Clodovil du PTC ou le Dr. Eneas du PRONA. Beaucoup sont d'illustres inconnus ayant recueilli quelques milliers de voix et profité de l'effet d'entraînement des têtes de file de leur modeste formation politique.
Il est cependant cocasse de noter que le Tribunal Supérieur Electoral (TSE), à l'origine de l'instauration de cette "barrière", est depuis dimanche hésitant sur son application. Utilisant trois modes de calcul différents, le TSE ne sait plus bien si ce sont six (PT, PMDB, PSDB, PFL, PP, PSB), sept (les mêmes plus le PDT) ou bien dix partis (les mêmes plus PTB, PPS et PL) qui remplissent bien la condition exigée. Il devrait trancher lors d'une réunion extraordinaire dans la semaine. Si le TSE décidait que ce sont dix partis qui respectent la clause, 66 zombies sur les 118 que nous évoquions devraient sortir du purgatoire...
Dans l'attente de la décision de la Justice Electorale, les petits partis sont en tractations pour d'éventuelles fusions post-élections leur garantissant d'atteindre une taille critique qui leur ferait passer la "barrière". Car, au-delà du statut de leurs députés, c'est bien la survie de ces partis sur le long terme, privés de subventions et de temps d'antenne par la nouvelle loi, qui est en jeu.
23:55 Publié dans Résultats 1er tour | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Ça commence mal…
Folha de São Paulo – Quel sera l’agenda de votre campagne au second tour, l’économie ou l’aspect éthique ?
Geraldo Alckmin – Une campagne n’est jamais monothématique. L’éthique est un thème central, en particulier vu la gravité de ce qui s’est passé au Brésil, non seulement lors des dernières semaines, mais aussi lors des trois dernières années. Le nouveau nom de l’éthique, c’est aussi l’efficacité. Cet appareil étatique entrave la gestion et pousse à la corruption, c’est la porte ouverte au copinage et aux affaires louches.
Cette réponse de Geraldo Alckmin (PSDB), qui esquive clairement le thème de l’économie, est un des nombreux indices qui confirment que la campagne du second tour ne proposera pas beaucoup plus d’échanges constructifs que celle du premier tour. Le débat sur les programmes, sur les idées, sur les propositions des deux candidats n’aura probablement pas lieu, ou alors continuera relégué au deuxième plan.
Alckmin a annoncé dès dimanche qu’il n’allait pas se gêner pour continuer à utiliser sans retenue le scandale du dossier, qui a probablement empêché Lula de l’emporter au premier tour. Lula, conscient des dommages générés par le "dossier-gate" sur sa candidature et surtout soucieux d’en éviter d’avantage, a demandé à ce que la lumière soit faite aussi rapidement que possible sur l’affaire.
Par ailleurs, ne souhaitant pas être en reste, Lula aurait décidé selon son ministre Tarso Genro (Ministre des Relations Institutionnelles, sorte de porte-parole du gouvernement) d’axer sa campagne du 2e tour sur la filiation d’Alckmin avec l’ancien président Fernando Henrique Cardoso (FHC). Le comité de campagne de Lula travaillerait déjà sur les différentes affaires qui ont rythmé les deux mandats de FHC, et devrait s’efforcer d’ici le 29 octobre d’y mêler autant que possible Geraldo Alckmin.
Bref, le "débat" de ce dimanche soir, sur la TV Bandeirantes, s’annonce particulièrement agité, les deux candidats n’étant pas disposés du tout à jouer l’apaisement.
23:45 Publié dans Campagne 2e tour | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Les résultats définitifs (suite)
Le Sénat
Pas de profonds changements au Sénat, dont seulement un tiers des élus était renouvelé lors de cette élection.
Deux commentaires s'imposent :
- certains sénateurs étant encore en course pour être élus gouverneurs, il faudra attendre la fin du mois et l'issue du second tour dans les Etats pour connaître la composition définitive du Sénat.
- l'alignement des sénateurs du PMDB devrait peser considérablement sur la disposition du Sénat à l'encontre du futur gouvernement. Rappelons que le PMDB était divisé entre pro-Lula et pro-Alckmin pendant la campagne, et que la majorité des députés élus appartienne à cette dernière catégorie. Si Lula devait être réélu, il risque donc de ne pas avoir une chambre très conciliante face à lui.
La Chambre des députés
Renouvelée entièrement lors de l'élection, la Chambre des députés de Brasilia a vu ses membres sévèrement sanctionnés par les électeurs brésiliens, qui ont choisi de ne pas en reconduire plus de 50%. Cette assemblée était la plus concernée par les différents scandales.
Le grand vainqueur du scrutin est le parti centriste PMDB, qui gagne 11 sièges (de 78 à 89 représentants). Son rôle d'arbitre de l'assemblée va s'en trouver renforcé. Le PSDB progresse aussi significativement, tandis que le PT et le PFL stagnent. Le PTB et le PL sont les grands perdants de l'élection.

23:20 Publié dans Résultats 1er tour | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
02.10.2006
Les résultats définitifs
Election présidentielle
Résultats finaux en % des suffrages exprimés valides
1. Lula (PT) 48,6 %
2. Alckmin (PSDB) 41,6 %
3. Heloísa Helena (PSOL) 6,9 %
4. Cristovam Buarque (PDT) 2,6 %
Abstention (électeurs ne s'étant pas présentés, avec ou sans justification) : 16,8 % des électeurs inscrits sur les listes. Il est impossible de voter par procuration au Brésil. Qui se trouve loin de son domicile le jour du vote est donc dans l'incapacité de voter. C'est le cas par exemple de nombre d'immigrants nordestins résidant à São Paulo et qui n'ont pas effectué le transfert de leur domicile électoral.
Votes blancs et nuls : 8,4 % des suffrages exprimés. L'illetrisme joue dans les votes nuls un rôle important.
Répartition géographique du vote
Lula l'emporte dans 16 Etats, Alckmin dans 11. Basiquement, le pays est séparé en deux, le nord ayant voté Lula, le sud Alckmin. Alckmin l'emporte ainsi dans 3 régions (Sud, Sud-Est et Centre-Ouest), Lula dans 2 (Nord et Nord-Est).
Le vote vs. les derniers sondages
+ 3 points pour Alckmin.
= pour Lula.
- 1 pour Heloísa Helena.
Dans l'ensemble, le Brésil peut se féliciter de disposer d'instituts de sondage extrêmement fiables.
Gouverneurs
Sur les 27 Etats, 17 ont choisi leur gouverneur dès le premier tour. Le PMDB, le PSDB et le PT ont remporté quatre Etats chacun.
Sur les 10 Etats qui feront l'objet d'un 2nd tour, le PMDB est présent dans 6, le PSDB dans 3 et le PT dans 2.
São Paulo
Serra (PSDB) l'emporte facilement avec 57,9 % des votes valides, contre 31,7 % pour Mercadante (PT). Le "dossier" n'aura finalement eu aucun impact, ou alors sur sur le candidat du PT (son instigateur ?).
Rio de Janeiro
Il y aura un second tour entre Sergio Cabral (PMDB) et Denise Frossard (PPS). L'évêque évangélique Crivella (PRB), 3e, va retrouver le chemin de son Eglise, pour le plus grand bonheur de ses ouailles et de la grande majorité des cariocas.
Minas Gerais
Aécio Neves (PSDB) est plébiscité avec 66,6 % des votes valides. Il se positionne comme l'homme fort du PSDB pour l'élection de 2010. Les tensions avec Serra et Alckmin se font déjà sentir...
Bahia
A la surprise générale, victoire du petista Jaques Wagner, devant le libéral Paulo Souto (PFL).
Plus tard, nous vous parlerons du Sénat et de la Chambre des députés.
20:25 Publié dans Résultats 1er tour | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Le retour des pourris
Décidèment, les brésiliens semblent avoir la mémoire courte. Ou peut-être sélective. Difficile de ne pas en arriver à cette conclusion au vu de certains résultats des élections (multiples, rappelons-le) qui se sont tenues hier.
A São Paulo, Paulo Maluf (PP), l'homme qui a donné naissance au verbe "malufar" (dont l'un des nombreux sens est "voler de l'argent public"), a été triomphalement élu comme député fédéral. Rassemblant 3,6% des suffrages valides, il est de loin le candidat à la Chambre des députés de Brasilia ayant obtenu le plus de voix parmi les milliers de candidats de l'Etat de São Paulo.
Pour l'anecdote, le suivent Celso Russamanno, un de ses plus farouches adversaires (mais aussi du PP), Clodovil (PTC), le styliste et présentateur de TV néophyte en politique et qui a fait de son homosexualité un argument de campagne, et Eneas, cet effrayant simili-Le Pen du PRONA.
Dans l'Alagoas, Etat du Nord-Est du pays, l'ex-président Collor l'a emporté dans la course au Sénat, devançant finalement son rival Ronaldo Lessa et prenant ainsi sa revanche sur l'élection de 2002 pour le poste de gouverneur. Collor représentera à Brasilia un parti obscur, le PRTB, auquel il s'est rallié à la dernière minute avant de sillonner l'Etat en hélicoptère et de faire pleurer dans les chaumières en évoquant l'injustice qu'avait constitué son impeachment en 1992.
Selon Heloísa Helena, qui décidément n'en rate pas une pour "allumer" Lula, la corruption de Collor a paru si peu de choses aux électeurs de l'Alagoas à l'aune de celle de Lula, qu'ils n'ont pas vu de raisons de lui tenir rigueur de son passé.
Dans l'Etat d'Amapá (à la frontière avec la Guyane Française), c'est l'ancien président José Sarney (PMDB) qui a été réélu sénateur. Sarney avait été président dans les années 80 après la mort de Tancredo Neves. S'il s'était illustré en ouvrant définitivement la voie de la démocratie au Brésil, il avait aussi vu son mandat marqué par de vastes scandales de corruption. Depuis, lui et sa famille règnent en véritables apparatchiks dans ce petit Etat du Nord.
Enfin, 5 des 57 députés accusés dans les affaires du "Mensalão" ou des "Sanguessugas" ont été réélus à leur poste. Et 8 sont en ballotage favorable pour revoir le Congrès, dont le "meilleur d'entre eux", Pedro Henry (PP), qui a réussi le tour de force d'être mouillé dans les deux scandales.
Pour terminer sur une note plus positive, notons tout de même qu'au moins 38 de ces députés pour le moins suspects devraient revenir bredouilles à la maison.
19:50 Publié dans Les scandales, Résultats 1er tour | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
01.10.2006
Il y aura un second tour

Lula da Silva, président sortant, n'a pas réussi à franchir la barre de 50% des votes utiles, la faute en grande partie à sa lourde défaite dans l'Etat de São Paulo, où Alckmin enregistrerait près de 55% des votes utiles, contre 36% seulement pour Lula. L'Etat paulista recense plus d'un électeur brésilien sur cinq.
A 23h30, alors que 96,6% des suffrages ont été traités par le Tribunal Supérieur Electoral (TSE), les scores sont les suivants (votes utiles) :
- 48,9% pour Lula (PT)
- 41,3% pour Alckmin (PSDB)
- 6,8% pour Heloísa Helena (PSOL)
- 2,7% pour Cristovam Buarque (PDT)
- 0,3% pour les trois autres candidats
Les votes restant à décompter étant à 90% des votes de l'Etat de São Paulo, il est certain que le score de Lula ne s'améliorera pas, et que nous aurons donc droit à un second tour.
Quelques chiffres partiels de l'élection, en attendant les résultats définitifs :
- 125,9 millions d'inscrits sur les listes électorales étaient appelés à voter aujourd'hui ;
- malgré l'obligation du vote, l'abstention a été le fait de près de 17% des inscrits sur les listes électorales ;
- 8,4% des votants ont choisi de voter "blanc" ou "nul", annulant de fait leur vote puisqu'aucun des deux n'est pris en compte ;
23:45 Publié dans Résultats 1er tour | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



