12.10.2006

Reprise des spots - Lula

Plus de 10 jours après le scrutin du premier tour, l'horaire électoral gratuit a retrouvé aujourd'hui sa place dans la grille des programmes des principales chaînes de télévision et stations de radio brésiliennes.

Le premier spot de Lula, diffusé ce jeudi à midi, téléchargeable sur le site du PT (attention, 14 Mo), commence par une allocution d'une minute du président sortant dans laquelle il remercie ses électeurs et réaffirme qu'il compte sur eux pour continuer à faire évoluer le Brésil dans le bon sens.

Affirmant qu'au premier tour il s'était surtout concentré sur le débat d'idées (no comment) et sur la reprise des réalisations de son premier mandat, Lula dit vouloir désormais "par-dessus du tout évoquer le futur, [ses] propositions, et montrer la profonde différence qui existe entre [lui] et [son] adversaire." Tout ceci en évitant les "baixarias" (coups bas) et les agressions. Lula conclut alors qu'il "discutera de tout cela avec plus de calme dans la soirée" (sous-entendu dans le spot diffusé dans la plage électorale du soir), avant de laisser la parole à quatre jeunes présentateurs.

Ceux-ci présentent dans les huit minutes restantes un "best of" des interventions de Lula dans le débat de la Band dimanche dernier. Au menu, le bilan du premier mandat, la défense du président sur le scandale du dossier, des attaques sur les probables (selon Lula) privatisations auxquelles se livrerait Alckmin une fois élu, une critique féroce des années FHC, et enfin une dernière section sur le futur du Brésil. Lula y promet une nouvelle fois de "faire plus et mieux" pour le pays, et récapitule les grands projets industriels et énergétiques qu'il souhaite mener à bien, créant des millions d'emplois pour les brésiliens.

Au rayon des "baixarias", pas de rupture de stock. Répondant aux réclamations d'Alckmin sur la lenteur de l'enquête sur l'origine de l'argent ayant servi à acheter le "dossier", Lula tape particulièrement bas en prenant son adversaire à partie dans les termes suivants : "Peut-être Monsieur le Gouverneur a-t-il la nostalgie de l'époque de la dictature, quand en une demi-heure et à l'aide de la torture on pouvait obtenir toutes les informations nécessaires pour boucler l'enquête."

Tout au Brésil se terminant en musique, le spot se referme sur une chanson dont les premiers mots sont "La voix de Dieu est la voix du peuple", et qui reprend plus loin le dernier slogan de campagne du président sortant "Je n'échange pas la certitude contre l'incertitude".

Pour ceux qui estiment qu'en dix minutes Lula avait moyen d'exposer un peu plus de ses propositions pour le futur du Brésil, ils en sont restés pour leurs frais. Le spot diffusé ce soir vient donc à point pour nous donner un peu plus d'éléments sur les grandes orientations d'un second mandat Lula.

Onze grands axes y sont recensés, dans l'ordre suivant : augmenter les incitations au développement de l'industrie nationale, réduire les impôts et la bureaucratie pour les PME, développer la construction civile, multiplier les usines de biodiesel, renforcer les programmes de santé, rénover les infrastructures de transport, mettre l'accent sur l'éducation, approfondir le programme Bolsa Familia, apporter l'électricité à tous les foyers ruraux, continuer à réduire les taux d'intérêt, et enfin faciliter l'octroi de crédits pour l'investissement productif.

Tout ceci étant simplement énuméré entre, d'une part, une comparaison des bilans Lula et FHC et, d'autre part, les témoignages de gouverneurs élus ayant choisi de soutenir Lula, difficile de dire que c'est satisfaisant. C'est toutefois déjà beaucoup plus que par le passé.

N'ayant pas pu visionner aujourd'hui les spots de Geraldo Alckmin, qui ne sont par ailleurs pas encore disponibles sur le site de celui-ci, nous vous les commenterons dans un autre post.

11.10.2006

Humour gras

Un épisode tragi-comique a animé la séance du jour au Sénat.

medium_Playboy-Heloisa-Helena3.jpgTout a commencé lorsque le photomontage ci-contre, du bloggeur brésilien "Kibe Loco" (voir son site ici), est passé de main en main entre les travées de la noble assemblée. Le trucage en question représente la sénatrice et candidate défaite à la présidentielle Heloísa Helena en couverture d'un faux Playboy. En petite tenue, la sénatrice de l'Alagoas y exhibe dans le bas du ventre un tatouage de son ex-parti, le Parti des Travailleurs (PT), tandis que le logo de son parti actuel, le PSOL, est incrusté sur sa culotte en dentelle. La une du magazine est barrée du titre suivant : "Nous avons finalement réussi à lui enlever son chemisier blanc !".

L'un des élus ayant finalement jugé bon de prévenir la malheureuse Heloísa, celle-ci a pris la parole et s'est emportée contre le Parti des Travailleurs (PT) et Lula, qu'elle a traité à plusieurs reprises de "vagabundo". La sénatrice s'est en effet plainte des pressions incessantes qu'elle subit pour appeler ses électeurs à voter Lula au second tour, et a accusé le parti du président d'être l'instigateur de ce photomontage d'un goût douteux. Selon ses sources, ce photomontage était distribué plus tôt dans la journée à la gare routière de Brasilia par des militants du PT.

Après avoir étouffé quelques sanglots et refusé dans un premier temps de regarder l'image en "mère de famille exemplaire et digne", la candidate du PSOL à la présidentielle est finalement parvenue à prendre la chose avec humour, concédant qu'au moins la photo la mettait en valeur ! Nous sommes plutôt d'accord...

10.10.2006

Une bonne initiative

L'indigent débat de la TV Bandeirantes a confirmé ce week-end que la télévision n'avait pas pour finalité de promouvoir un dialogue constructif entre les candidats sur leur vision stratégique pour le pays et sur leur programme respectif. Toute la responsabilité de stimuler ce débat repose sans doute désormais sur les épaules de la presse écrite.

La Folha de São Paulo a pris une initiative intéressante à cet égard.

Le journal paulista, référence de la presse quotidienne écrite au Brésil, avait été le premier, par la voix de son médiateur, à faire son auto-critique sur le traitement éditorial de la campagne du premier tour. Citons ce médiateur, dans la Folha du 2 octobre (jour du scrutin du premier tour) : "Nous ne devons pas nous disculper en arguant du fait que les candidats eux-mêmes n'étaient pas intéressés par présenter leur programme. Leur manquement aurait dû au contraire être une raison de plus pour que notre journal s'acharne à garantir la mise à disposition de cette information aux lecteurs."

Et afin que cette auto-critique ne reste pas lettre morte, les rédacteurs de la Folha ont eu la bonne idée de lancer une rubrique quotidienne, qui sera présente dans le journal pendant les 20 jours précédant l'élection (du 8 au 27 octobre). Chaque jour seront ainsi posées deux questions à Lula et Alckmin sur des thèmes macro-économiques ou politiques. Une manière de présenter aux lecteurs les enjeux du vote, sans les accabler avec l'intégralité de programmes souvent indigestes (document word téléchargeable de 170 pages sur le site d'Alckmin, pdf plus synthétique sur le site de Lula)...

Nous vous ferons d'ici la fin de la semaine un résumé de ces programmes et de leurs divergences.

La chasse aux soutiens

Elle a constitué la grande actualité de la première semaine après le premier tour, et se poursuit encore en deuxième semaine. Se succédant une à une au palais présidentiel ou aux côtés de Geraldo Alckmin, les principales figures politiques brésiliennes dont on ignorait encore la préférence sortent de leur réserve et prennent position.

Du côté des candidats vaincus au premier tour, Heloísa Helena reste pour le moment ferme dans sa volonté de ne se prononcer en faveur d'aucun des rivaux du second tour. medium_014.jpgElle a aujourd'hui demandé à Alckmin de retirer de son site de campagne les stickers "Sou Heloísa, voto Geraldo" ("Je suis Heloísa, je vote Geraldo"), refusant ainsi de se faire forcer la main. Le PDT de Cristovam Buarque (dissident du PT) devrait quant à lui se décanter lundi prochain en faveur du candidat Alckmin du PSDB.

En dehors de ces deux cas particuliers, les appuis les plus intéressants pour les candidats proviennent de personnalités dont le rayonnement local est important. Leur soutien doit ainsi entraîner une partie de l'électorat local à porter son vote sur le candidat désigné. Les gouverneurs et sénateurs sont ainsi les "soutiens de campagne" les plus prisés. Parmi les gouverneurs élus dès le premier tour, Aécio Neves (PMDB, Minas Gerais) d'une part, et Jaques Wagner (PT, Bahia), d'autre part, ne cessent ainsi de plaider activement la cause de leur leader respectif. Le reste des gouverneurs élus au premier tour ou des candidats encore en course se divisent assez équitablement entre pro-Lula et pro-Alckmin.

Au rayon des soutiens dont les candidats se seraient volontiers passés, Lula et Alckmin ont fait jeu égal, le premier avec Collor et le second avec Garotinho. Lula a poussé la gratitude jusqu'à accuser réception publiquement du soutien de Collor, l'ancien président déchu, estimant que ses malheureuses expériences passées lui permettraient de faire un "excellent" travail au Sénat.

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Alckmin a réussi à faire presque aussi fort en posant tout sourire aux côtés du clan Garotinho à Rio de Janeiro. M. et Mme Garotinho (PMDB), véritables barons de la politique carioca, sont d'avantage connus pour leur opportunisme et leur éthique déficiente que pour leurs compétences d'élus. Et leur fille Clarissa, vêtue pour la photo d'un t-shirt "Dehors Lula" bien peu discret, a contribué activement à la forte médiatisation du cliché, au grand dam d'un Alckmin qui s'est vite rendu compte de son erreur.

C'est qu'en effet le soutien des Garotinho a failli coûter au candidat tucano l'appui précieux de Denise Frossard, candidate du PFL au 2ème tour à Rio de Janeiro pour le poste de gouverneur. Outrée par l'alliance d'Alckmin avec ce couple sulfureux, Mme Frossard lui a dans un premier temps retiré son appui, avant de se raviser devant la pression des hautes autorités du PSDB (rappelons que PSDB et PFL forment la coalition Alckmin). Rio de Janeiro est un Etat beaucoup trop stratégique pour la campagne de l'ex-gouverneur de São Paulo, qui y a fait un score très mauvais au premier tour et a une belle marge de progression. Il aurait été suicidaire qu'il n'y soit soutenu par aucun des deux candidats du deuxième tour (Cabral du PMDB est pro-Lula).

Pour conclure, les plus attentifs d'entre vous auront vu dans ce dernier paragraphe l'illustration de ce que nous vous disions à une autre occasion au sujet de l'opportunisme électoral du parti centriste PMDB. Alors que le gouverneur sortant (Mme Garotinho), PMDB, appelle à voter Alckmin, son successeur potentiel (Cabral) est lui un pro-Lula convaincu.

Rappelons que le PMDB n'a pas donné à ses membres et sympathisants d'orientation officielle pour le vote au second tour. Certains de ses comités régionaux se sont néanmoins prononcés en faveur d'Alckmin, et Michel Temer, président du parti, a reconnu que la plupart des "peemdebistas" soutiendrait le candidat tucano.

09.10.2006

Le ton est donné

medium_0098250B.3.jpgNiveau agressivité, le débat télévisé de dimanche soir aura tenu toutes ses promesses. Durant deux heures en direct sur l'antenne de la TV Bandeirantes, les deux candidats encore en lice pour la présidentielle se sont livrés à une véritable empoignade verbale.

Visiblement décidé à déchirer son étiquette de Picolé de chuchu, Geraldo Alckmin n'a observé aucun round d'observation, attaquant d'entrée le président sortant sur le déjà fameux scandale du dossier : "Le président est une des personnes les mieux informée du pays. Alors je pose la question : d'où vient l'argent sale, les 1,7 millions de reais en cash pour acheter ce dossier bancal ?"
Lula a répondu en esquivant, comme le feront chacun des deux protagonistes à chaque attaque de l'adversaire : "Je veux tout savoir sur cette affaire, pas seulement l'origine de l'argent, mais aussi qui l'a imaginé, car le seul bénéficiaire de ce scandale, c'est mon adversaire".
Lula, visiblement rendu nerveux par la posture agressive du tucano, retrouvera vite le détachement que lui impose son rôle d'actuel président, allant jusqu'à ironiser sur l'inexpérience d'Alckmin : "J'ai été moi-même candidat de l'opposition, je comprends (sa) nécessité de parler mal du gouvernement".

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Classé par thème, voici un petit florilège des amabilités échangées dimanche soir :

Corruption
"L'obligation d'un gouvernant est de tout clarifier, mais quand vous étiez gouverneur, vous avez eu connaissance de faits graves et n'avez rien fait pour les clarifier." - Lula
"S'il y a quelqu'un qui n'a moralement pas le droit de parler d'éthique, c'est bien le gouvernement Lula." - Alckmin

Privatisations
"Tout le monde sait que ce sont le PFL et le PSDB qui ont privatisé ce pays. Quand il n'y aura plus rien à vendre, qu'allez vous faire ? Vendre l'Amazonie ? (...) Je n'ai pas dit qu'il va privatiser, j'ai dit qu'il y a des secteurs du PFL et du PSDB qui veulent même privatiser Petrobras. " - Lula
"Ne mens pas, Lula. Ce n'est ni le PFL ni le PSDB qui ont évoqué la privatisation, c'est toi. Je suis triste devant l'irresponsabilité d'un président de la République qui dit ça. C'est toi qui l'as évoqué, et je vais en distribuer la preuve à la presse à la fin de ce débat. (...) C'est aussi un mensonge de dire que je vais arrêter la Bourse Famille. (subvention gouvernementale dont bénéficient plus de 11 millions de familles brésiliennes, ndr) " - Alckmin

Sécurité Publique
"A São Paulo, tu as réduis le budget de ce secteur. Il y a une différence entre les chiffres que tu agites lors de ce débat et la réalité de l'Etat de São Paulo (gouverné pendant cinq ans par Alckmin, et qui a connu cette année d'importantes vagues de violence, ndr)." - Lula
"A São Paulo, nous avons construit 75 unités pénitentiaires. Le gouvernement Lula une seule, avec 60 prisonniers. La police des frontières, qui est de la responsabilité fédérale, n'a jamais vu le jour." - Alckmin

Ce lundi, le candidat petista a estimé qu'il s'agissait là du "pire débat de (sa) vie politique. Hier, j'avais l'impression d'être face à un maton. Alckmin était pédant, arrogant, comme s'il avait plus d'autorité que les autres".
Le candidat tucano s'est lui défendu d'un excès d'agressivité, expliquant qu'il avait simplement "extériorisé le sentiment d'indignation du peuple brésilien. C'est quelque chose que tout le monde avait en travers de la gorge".

Le second round télévisuel est prévu mardi 17 octobre, sur l'antenne de la TV Gazeta...

08.10.2006

Coup d'envoi du 2ème tour

Pour beaucoup d'observateurs, et pour le président sortant Lula lui-même, c'est aujourd'hui que commence véritablement la campagne du 2ème tour de l'élection présidentielle.

medium_debate_band.jpgSe tient en effet ce soir sur la TV Bandeirantes le premier débat entre les deux candidats. Un débat très attendu par les brésiliens, qui en avait été privés avant le premier tour par les absences de Lula. Et même si selon le dernier sondage Datafolha, 67 % des électeurs disent qu'ils ne devraient plus changer leur vote, quel que soit le contenu du débat, il est raisonnable de penser que si la confrontation de ce soir avait un net vainqueur, ce dernier sortirait considérablement renforcé de l'épreuve.

Alors que nous nous préparons ici à mettre les pieds sous la table et à nous délecter de cet événement, espérons que ce débat ne sera pas un met sans saveur, entre "picolé de chuchu" et "lulinha paz e amor".

Espérons que cela ne sera pas non plus un vulgaire pugilat entre deux hommes prêts à en découdre. Les récentes déclarations d'Alckmin laissent penser que celui-ci est particulièrement "chaud". Selon lui, qui a tant critiqué les absences répétées de Lula aux débats du premier tour, ce dernier se rend au débat de ce soir uniquement parce qu'il a "peur de perdre".

Comptons sur les journalistes de la Band, animateurs du débat et responsables en partie de sa bonne tenue, pour élever le débat et servir ainsi les intérêts des candidats, des électeurs et de la démocratie brésilienne.

Picolé vs. Lulinha

Nous revenons dans ce post sur les surnoms des deux candidats à la présidentielle.

medium_Chayote_CDC.jpg"Picolé de chuchu", le surnom d'Alckmin, signifie "sorbet à la chayote" (photo), une référence à un légume sans grande saveur, qui souligne l'image d'un homme manquant de charisme et de caractère. Alckmin en a été affublé alors qu'il occupait les fonctions de gouverneur de São Paulo, et que son style était jugé peu flamboyant, voire austère. Alckmin a su cependant au fil de la campagne tirer profit de cette appellation. En se délectant face aux caméras de ce cucurbitacée, mais aussi en multipliant les jeux de mots populaires autour de ce terme, tels que "o brasil vai crescer para chuchu" ("le Brésil va croître à fond") ou encore "prometo que vou trabalhar para chuchu" ("je promets que je vais travailler comme un fou").

"Lulinha paz e amor" ("petit Lula" paix et amour) était le slogan non-officiel de campagne de Lula lors de son élection en 2002. Le surnom évoque l'image d'un Lula charismatique, ami de tous et de toutes et se récusant à l'usage de la violence. Lui octroyant un énorme capital sympathie, ce surnom avait fait beaucoup pour le marketing de sa campagne de 2002. Tombé depuis dans l'oubli, il a réapparu cette année pour illustrer la volonté de Lula de ne pas s'abaisser à répondre aux attaques nombreuses et virulentes de ses adversaires.

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