30.10.2006

Lula réélu triomphalement

Sans surprise, Lula da Silva a été réélu aujourd’hui dimanche à la présidence du Brésil. Avec 60,8 % des votes valides (58,3 millions d’électeurs), il a devancé de plus de vingt millions de voix son rival Geraldo Alckmin du PSDB, qui recueille 39,2% des suffrages utiles avec seulement 37,5 millions de voix. La victoire du président sortant est totale ou presque, puisque 20 des 27 Etats brésiliens l’ont plébiscité. Le Sud a continué quant à lui de donner sa préférence à Alckmin, tout comme l’Etat de São Paulo.

19% des inscrits sur les listes électorales se sont abstenus de voter, dans un pays où le vote est pourtant obligatoire. Ce sont pour la plupart des brésiliens qui ne résident pas dans l’Etat de leur domicile électoral et qui pour cette raison ne seront pas sanctionnés de leur abstention. Les votes blancs et nuls représentent eux 6% des suffrages exprimés, soit bien moins qu’au premier tour où ils avaient représenté 8,4%.

En bref, les brésiliens ont clairement montré ce dimanche qu’ils n’avaient pas été convaincus par la campagne de Geraldo Alckmin. Cette défiance a été telle qu’elle a poussé 2,5 millions d’électeurs qui avaient opté pour le tucano au premier tour à lui retirer leurs voix, un véritable désaveu pour l’ancien gouverneur de São Paulo.

Ce dernier a reconnu officiellement sa défaite et a appelé son rival dès 20h pour le féliciter. Il est probable que Alckmin rentre désormais dans le rang et soit éclipsé dans les années à venir à la tête du PSDB par José Serra (élu gouverneur de São Paulo) et Aécio Neves (réélu gouverneur du Minas Gerais). Ces deux hommes devraient d’ailleurs se disputer l’investiture du parti en 2010 et l’élu devrait remporter la bataille de succession de Lula, si la configuration restait celle d’aujourd’hui avec une relève totalement absente du côté du Parti des Travailleurs.

Il y a toutefois quelques ombres au tableau pour le président réélu. Son frère, avec lequel il est brouillé, a renouvelé son vote Alckmin du premier tour. Et le président du Tribunal Supérieur Electoral, annonçant officiellement les résultats, a renouvelé son appel au vote par le Congrès National d’un amendement à la Constitution empêchant à l’avenir tout président élu d’effectuer un deuxième mandat. Mais ces petites contrariétés ne sont rien à côté de la joie d’un Lula qui a célébré ce soir avec ses partisans sa victoire sur l’Avenue Paulista, à São Paulo.

A l’occasion de son discours, il a promis que son second mandat serait meilleur que le premier, qu’il approfondirait le dialogue avec les gouverneurs et avec l’opposition, et enfin qu’il continuerait à gouverner "pour les plus pauvres", tout en oeuvrant pour l’unité nationale.

Bonne chance à Lula II et "tudo de bom" au Brésil !

26.10.2006

La presse en découd

Carta Capital est une revue de bonne facture, ayant présenté deux caractéristiques rares en ces temps d'élection :
- elle a pris position clairement et à de nombreuses occasions, là où la plupart de ses homologues ont jugé que le plus conforme aux principes du journalisme était de se déclarer neutre;
- elle s'est engagée aux côtés du président sortant Lula, quand la plupart des organes de média, ceux-là même qui se déclaraient neutres, avaient bien du mal à dissimuler leur mépris du petista et leur préférence pour Geraldo Alckmin.

Ce magazine a ainsi traversé la campagne en s'évertuant à contre-balancer l'"anti-Lulisme" ambiant dans la presse et sur les écrans. Il a fait des choix douteux, comme celui au lendemain du premier tour de titrer "le poids de São Paulo", comme mettant à l'index un Etat qui a pourtant autant que les autres son mot à dire sur l'élection. Mais surtout, la revue a publié une foule de reportages intéressants et pour la plupart dépassionnés, quand ses homologues Veja, Epoca ou encore Istoé avaient souvent du mal à garder leur mesure.

Acculée comme son champion Lula par la "défaite" du premier tour et la semi-surprise de la nécessité d'un deuxième tour, probablement peu aidée dans ses ventes par son refus de monter en épingle les scandales, quand d'autres ne s'en privaient pas, Carta Capital a vu à l'approche de ce dimanche de second tour la roue tourner en faveur de Lula. Le magazine peut désormais savourer sa très probable victoire à sa manière : en volant dans les plumes de ses collègues des médias !

medium_carta_capital_2510.jpgLes couvertures des deux dernières éditions attaquent ainsi de manière frontale les deux plus grands bastions des médias brésiliens, le groupe Globo et le magazine hebdomadaire Veja. Ces derniers sont accusés d'avoir manipulé de manière répétée les informations à leur disposition au bénéfice du candidat Alckmin. Les accusations concernent le traitement de deux éléments très médiatisés de l'affaire du "dossier" : la fuite des photos de l'argent saisi par la Police Fédérale, orchestrée l'avant-veille du scrutin, et les tractations autour de la figure de Freud, ce proche de Lula qui avait été le premier inquiété dans le scandale, mais qui s'était vu plus tard disculpé.

Célébrés sur la blogosphère brésilienne comme une lucide radiographie des graves travers de la presse nationale, les reportages de la revue, relayés par le quotidien Clarin chez le voisin argentin, ont pourtant été totalement passés sous silence par les principaux vecteurs d'information brésiliens. Seule la Globo, directement mise en cause, a répliqué de manière moyennement convaincante, dans un communiqué de deux pleines pages dans le dernier numéro de Carta Capital. Il est bon de saluer ici l'équité de cette dernière, qui cède un droit de réponse dans ses pages à un groupe médiatique qui ne manque pas vraiment d'espace d'expression par ailleurs. Un droit de réponse cependant facturé, ce qui est déjà beaucoup moins éthique, mais peut-on en tenir rigueur à un nain économique comme Carta Capital, face à un géant comme la Globo ?

A n'en pas douter, ces reportages portent la marque d'une certaine vengeance du camp médiatique peu fourni des pro-Lula, tout autant si ce n'est plus que celle d'une croisade pour la qualité et la rigueur de l'information. Espérons néanmoins que les débats qui s'ensuivront se déplacent du champ très élitiste des blogs et de l'internet pour gagner les pages des journaux et l'antenne des télévisions, de manière à ce que la société brésilienne continue d'assister au renforcement de ses médias, ayant laissé derrière eux un lourd historique de collusions et de manipulations politiques.

Carta Capital jouera sans aucun doute un rôle actif dans ces débats.

25.10.2006

Milieu des affaires : la grande indifférence

Une étude de l'institut TNS, relayée par le magazine hebdomadaire Carta Capital, fait état de la relative indifférence qui prédomine dans les états-major des entreprises quant à l'issue du scrutin de ce dimanche.

L'enquête établit que 78 % des dirigeants et cadres supérieurs sondés n'ont pas jugé bon de séparer deux scenarii (Lula président vs. Alckmin président) pour élaborer le plan stratégique de leur entreprise pour l'année 2007. Près de la moitié de ces dirigeants "indifférents" estiment en effet que quel que soit le vainqueur, "il n'y aura pas de changement dans la politique économique". En outre, et réfutant en cela certaines anticipations pessimistes évoquées par une partie de la presse pour l'après-scrutin (pays scindé en deux, obstruction de l'opposition vaincue, etc.), ces mêmes sondés sont 87 % à estimer nul ou faible l'impact de l'extension de l'élection à un second tour sur le business en 2007.

En conclusion, difficile de ne pas voir dans ces résultats une indication de plus que la candidature tardive de Geraldo Alckmin n'aura pas atteint son objectif, celui de convaincre qu'il existe une alternative au chemin tracé par Lula, et qui modifierait sensiblement la donne économique future (croissance, inflation, taux d'intérêt et taux de change, autant de paramètres de grande importance pour le climat des affaires).

Cette population du monde des affaires était pourtant la plus prompte à critiquer Lula et sans doute la plus disposée à se laisser convaincre par le candidat du PSDB. Son échec auprès de ce public donne une idée de tout ce qui a manqué au tucano pour convaincre les brésiliens dans leur ensemble.

21.10.2006

Trop tard pour Alckmin ?

Les débats sur l'économie, entre autres le sujet brûlant des privatisations, mais aussi les prises de position marquées de Geraldo Alckmin en faveur de la réduction des dépenses publiques, ont fait ces derniers jours, et bien tardivement, leur apparition dans la campagne. Comme prévu, la confrontation directe entre les deux candidats a été à cet égard légèrement plus fructueuse que la lapidation à laquelle se livraient les opposants de Lula au premier tour, et qui avait occulté tout débat. Elle n’a pas pour autant, loin de là, débouché sur un échange satisfaisant, comme en a tristement témoigné le débat télévisé du 8 octobre.

Alckmin, dont le vote s’est effondré dans les deux semaines qui ont suivi le scrutin (selon les dernier sondages il recueillerait aujourd’hui moins de votes que lors du premier tour), paye certainement le fait que les brésiliens lui reprochent de privilégier durablement les attaques à Lula à la formulation d’une vraie alternative.

Certes, ces mêmes brésiliens avaient choisi d’offrir au candidat du PSDB la possibilité d’un second tour, mais ce "cadeau" sera sans doute a posteriori perçu d’avantage comme un avertissement au président sortant Lula que comme un gage de confiance à Alckmin. De ce dernier, ils attendaient justement de sa campagne du deuxième tour une exposition pédagogique de la "deuxième voie" qu’il envisageait pour le pays, et des résultats qui en auraient découlé. Ils n’ont pas vraiment été servis.

Lula a lui très bien compris que tant qu’Alckmin n’aurait pas dissipé ces interrogations sur le cœur de son programme, le slogan petista "je n’échange pas ce qui est bon contre l’incertitude" ("não troco o certo pelo duvidoso") continuerait à faire un malheur.

La réponse de la campagne d’Alckmin, avec le slogan "j’échange ce qui n’est pas bon contre ce qui est bon" ("troco o errado pelo certo"), était par contre vouée à l’échec. Se contentant fondamentalement d’attaquer nouvellement le président sortant ("errado" : ce qui n’est pas bon, pas correct, pas moral aussi), réclamant à corps et à cris que toute la vérité soit faite sur le scandale du dossier, continuant d’afficher en homepage de sa page de campagne l’image des piles d’argent saisies par la Police dans cette affaire, le tucano pensait qu’il pourrait surfer durablement sur la vague qui l’avait porté au deuxième tour.

C’était oublier qu’avant ce scandale il n’était pas parti du tout pour atteindre ce deuxième tour, oublier aussi que ce genre de pratiques, malheureusement, est trop monnaie courante dans la politique brésilienne pour que leurs conséquences fassent sentir leurs effets très longtemps. C’était aussi sous-estimer les ressources défensives d’un Lula qui a rapidement fait place nette autour de lui, écartant et condamnant sans ménagement les "traîtres", et montrant une vraie science de la politique en expédiant au tapis son challenger sur le thème des privatisations. Pour rester sur la métaphore de la boxe, le cas typique d’un combattant qui au terme d’un premier round agressif et à son avantage revient trop confiant et moins saignant sur le ring, déterminé à appliquer la même tactique, tandis que son adversaire, secoué et recadré par ses entraîneurs, est désormais averti et moins attentiste.

Alckmin a encore huit jours pour faire passer un message fort et efficace, qui manifestement n’est pas le discours discréditant son opposant. Mais huit jours, c’est bien trop court pour se construire une crédibilité de président et décoller l’étiquette de "duvidoso" qui lui colle désormais à la peau...

18.10.2006

Patatra!

Pluie de mauvaises nouvelles pour Geraldo Alckmin, le challenger de Lula pour le second tour de la présidentielle. Le premier coup lui a été porté avant-hier par le communiqué du PDT (parti du candidat Cristovam Buarque), qui annonce ne soutenir officiellement aucun des deux candidats au second tour. Alckmin avait pourtant tout fait ces derniers jours pour récupérer les 2,6 % de voix de Buarque, allant jusqu'à louer dans ses spots électoraux le labeur de l'ancien ministre de l'éducation et reprenant bonne partie de ses propositions en la matière.

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Le second coup, plus violent encore, est venu du dernier sondage de l'institut Datafolha, le premier depuis que l'"horario eleitoral" a repris à la télévision. Réalisé lundi et mardi auprès d'un panel représentatif de 7133 personnes, il met en évidence la forte augmentation du vote Lula et la légère régression du tucano Alckmin.

Si le vote avait eu lieu hier, Lula aurait ainsi recueilli 57 % des suffrages contre 38 % à Alckmin. C'est six points de plus pour le président sortant, et deux de moins pour Alckmin, ce qui tend à montrer que non seulement Lula récupère une partie des électeurs d'Alckmin, mais surtout qu'il a réussi à convaincre certains indécis. En votes valides, Lula assurerait tranquillement sa réélection, avec 60 % des suffrages contre 40 % à son challenger.

Enfin, alors qu'Alckmin s'échine depuis plusieurs jours à nier les attaques d'un Lula qui l'accuse de vouloir privatiser à tout va, comme son prédecesseur tucano Fernando Henrique Cardoso (FHC, président de 1994 à 2002), ce dernier ne lui a pas rendu service hier soir dans une interview à la radio CBN. FHC a en effet défendu le bilan de ses privatisations, et surtout laissé comprendre qu'il n'était "pas contre une privatisation de Petrobras" (gigantesque compagnie pétrolière publique). Ce qui donne du grain à moudre à un Lula qui n'en demandait pas tant !

L'ancien président FHC a publié aujourd'hui une note dans laquelle il estime avoir été mal compris, et affirme être opposé à la privatisation du géant brésilien de l'énergie. Il est probable qu'il se soit fait rappeler à l'ordre dans la nuit par l'état-major de campagne d'Alckmin.

L'affaire est en tout cas révélatrice du climat tendu autour de ce sujet des privatisations. Lula y a décelé un point intéressant de divergence avec son opposant Alckmin, et s'attache avec succès depuis plusieurs jours à l'exploiter au maximum, acculant son challenger en le confrontant à certains échecs en la matière de FHC et le poussant à revenir sur ses positions.

Le thème étant particulièrement sensible au Brésil, un géant aux pieds d'argile en matière d'énergie, il est possible que les coups répétés portés par Lula soient en partie la cause de sa progression dans les sondages.

17.10.2006

Oui... mais non !

Le deuxième débat télévisé de l'entre deux tours, initialement prévu ce mardi 17 sur l'antenne de la TV Gazeta, n'aura finalement pas lieu. Selon la chaîne, "le débat a été annulé car le président Lula, alors qu'il avait promis de participer à tous les débats du second tour, a prétexté des "problèmes d'agenda" pour désister".
La façon dont Lula s'était fait "bousculer" lors du premier face-à-face avec Alckmin, dimanche 8 sur la TV Bandeirantes, n'est peut-être pas étrangère aux soudains "problèmes d'agenda" évoqués plus haut. Sans compter qu'il est sans doute plus facile, pour l'équipe de campagne du petista, de "snober" une petite chaîne comme la TV Gazeta qu'un monstre de l'audiovisuel tel que la TV Globo, par exemple...
De son côté, le candidat Geraldo Alckmin avait d'abord accepté de participer tout de même à l'émission, qui aurait alors pris la forme d'une interview. Mais le tucano a fini par renoncer, laissant ainsi passer une occasion en or d'exposer tranquillement son programme, sur un canal hertzien et à une heure de grande écoute. Les mauvaises langues disent que son programme se résume justement à attaquer le président sortant sur les scandales du PT.
D'ici au 29 octobre, date du second tour, trois débats télévisés sont toujours au programme : jeudi 19 sur la SBT et vendredi 27 sur la Globo. La date du troisième débat, sur l'antenne de la TV Record, reste à définir.

12.10.2006

Reprise des spots - Lula

Plus de 10 jours après le scrutin du premier tour, l'horaire électoral gratuit a retrouvé aujourd'hui sa place dans la grille des programmes des principales chaînes de télévision et stations de radio brésiliennes.

Le premier spot de Lula, diffusé ce jeudi à midi, téléchargeable sur le site du PT (attention, 14 Mo), commence par une allocution d'une minute du président sortant dans laquelle il remercie ses électeurs et réaffirme qu'il compte sur eux pour continuer à faire évoluer le Brésil dans le bon sens.

Affirmant qu'au premier tour il s'était surtout concentré sur le débat d'idées (no comment) et sur la reprise des réalisations de son premier mandat, Lula dit vouloir désormais "par-dessus du tout évoquer le futur, [ses] propositions, et montrer la profonde différence qui existe entre [lui] et [son] adversaire." Tout ceci en évitant les "baixarias" (coups bas) et les agressions. Lula conclut alors qu'il "discutera de tout cela avec plus de calme dans la soirée" (sous-entendu dans le spot diffusé dans la plage électorale du soir), avant de laisser la parole à quatre jeunes présentateurs.

Ceux-ci présentent dans les huit minutes restantes un "best of" des interventions de Lula dans le débat de la Band dimanche dernier. Au menu, le bilan du premier mandat, la défense du président sur le scandale du dossier, des attaques sur les probables (selon Lula) privatisations auxquelles se livrerait Alckmin une fois élu, une critique féroce des années FHC, et enfin une dernière section sur le futur du Brésil. Lula y promet une nouvelle fois de "faire plus et mieux" pour le pays, et récapitule les grands projets industriels et énergétiques qu'il souhaite mener à bien, créant des millions d'emplois pour les brésiliens.

Au rayon des "baixarias", pas de rupture de stock. Répondant aux réclamations d'Alckmin sur la lenteur de l'enquête sur l'origine de l'argent ayant servi à acheter le "dossier", Lula tape particulièrement bas en prenant son adversaire à partie dans les termes suivants : "Peut-être Monsieur le Gouverneur a-t-il la nostalgie de l'époque de la dictature, quand en une demi-heure et à l'aide de la torture on pouvait obtenir toutes les informations nécessaires pour boucler l'enquête."

Tout au Brésil se terminant en musique, le spot se referme sur une chanson dont les premiers mots sont "La voix de Dieu est la voix du peuple", et qui reprend plus loin le dernier slogan de campagne du président sortant "Je n'échange pas la certitude contre l'incertitude".

Pour ceux qui estiment qu'en dix minutes Lula avait moyen d'exposer un peu plus de ses propositions pour le futur du Brésil, ils en sont restés pour leurs frais. Le spot diffusé ce soir vient donc à point pour nous donner un peu plus d'éléments sur les grandes orientations d'un second mandat Lula.

Onze grands axes y sont recensés, dans l'ordre suivant : augmenter les incitations au développement de l'industrie nationale, réduire les impôts et la bureaucratie pour les PME, développer la construction civile, multiplier les usines de biodiesel, renforcer les programmes de santé, rénover les infrastructures de transport, mettre l'accent sur l'éducation, approfondir le programme Bolsa Familia, apporter l'électricité à tous les foyers ruraux, continuer à réduire les taux d'intérêt, et enfin faciliter l'octroi de crédits pour l'investissement productif.

Tout ceci étant simplement énuméré entre, d'une part, une comparaison des bilans Lula et FHC et, d'autre part, les témoignages de gouverneurs élus ayant choisi de soutenir Lula, difficile de dire que c'est satisfaisant. C'est toutefois déjà beaucoup plus que par le passé.

N'ayant pas pu visionner aujourd'hui les spots de Geraldo Alckmin, qui ne sont par ailleurs pas encore disponibles sur le site de celui-ci, nous vous les commenterons dans un autre post.

10.10.2006

Une bonne initiative

L'indigent débat de la TV Bandeirantes a confirmé ce week-end que la télévision n'avait pas pour finalité de promouvoir un dialogue constructif entre les candidats sur leur vision stratégique pour le pays et sur leur programme respectif. Toute la responsabilité de stimuler ce débat repose sans doute désormais sur les épaules de la presse écrite.

La Folha de São Paulo a pris une initiative intéressante à cet égard.

Le journal paulista, référence de la presse quotidienne écrite au Brésil, avait été le premier, par la voix de son médiateur, à faire son auto-critique sur le traitement éditorial de la campagne du premier tour. Citons ce médiateur, dans la Folha du 2 octobre (jour du scrutin du premier tour) : "Nous ne devons pas nous disculper en arguant du fait que les candidats eux-mêmes n'étaient pas intéressés par présenter leur programme. Leur manquement aurait dû au contraire être une raison de plus pour que notre journal s'acharne à garantir la mise à disposition de cette information aux lecteurs."

Et afin que cette auto-critique ne reste pas lettre morte, les rédacteurs de la Folha ont eu la bonne idée de lancer une rubrique quotidienne, qui sera présente dans le journal pendant les 20 jours précédant l'élection (du 8 au 27 octobre). Chaque jour seront ainsi posées deux questions à Lula et Alckmin sur des thèmes macro-économiques ou politiques. Une manière de présenter aux lecteurs les enjeux du vote, sans les accabler avec l'intégralité de programmes souvent indigestes (document word téléchargeable de 170 pages sur le site d'Alckmin, pdf plus synthétique sur le site de Lula)...

Nous vous ferons d'ici la fin de la semaine un résumé de ces programmes et de leurs divergences.

La chasse aux soutiens

Elle a constitué la grande actualité de la première semaine après le premier tour, et se poursuit encore en deuxième semaine. Se succédant une à une au palais présidentiel ou aux côtés de Geraldo Alckmin, les principales figures politiques brésiliennes dont on ignorait encore la préférence sortent de leur réserve et prennent position.

Du côté des candidats vaincus au premier tour, Heloísa Helena reste pour le moment ferme dans sa volonté de ne se prononcer en faveur d'aucun des rivaux du second tour. medium_014.jpgElle a aujourd'hui demandé à Alckmin de retirer de son site de campagne les stickers "Sou Heloísa, voto Geraldo" ("Je suis Heloísa, je vote Geraldo"), refusant ainsi de se faire forcer la main. Le PDT de Cristovam Buarque (dissident du PT) devrait quant à lui se décanter lundi prochain en faveur du candidat Alckmin du PSDB.

En dehors de ces deux cas particuliers, les appuis les plus intéressants pour les candidats proviennent de personnalités dont le rayonnement local est important. Leur soutien doit ainsi entraîner une partie de l'électorat local à porter son vote sur le candidat désigné. Les gouverneurs et sénateurs sont ainsi les "soutiens de campagne" les plus prisés. Parmi les gouverneurs élus dès le premier tour, Aécio Neves (PMDB, Minas Gerais) d'une part, et Jaques Wagner (PT, Bahia), d'autre part, ne cessent ainsi de plaider activement la cause de leur leader respectif. Le reste des gouverneurs élus au premier tour ou des candidats encore en course se divisent assez équitablement entre pro-Lula et pro-Alckmin.

Au rayon des soutiens dont les candidats se seraient volontiers passés, Lula et Alckmin ont fait jeu égal, le premier avec Collor et le second avec Garotinho. Lula a poussé la gratitude jusqu'à accuser réception publiquement du soutien de Collor, l'ancien président déchu, estimant que ses malheureuses expériences passées lui permettraient de faire un "excellent" travail au Sénat.

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Alckmin a réussi à faire presque aussi fort en posant tout sourire aux côtés du clan Garotinho à Rio de Janeiro. M. et Mme Garotinho (PMDB), véritables barons de la politique carioca, sont d'avantage connus pour leur opportunisme et leur éthique déficiente que pour leurs compétences d'élus. Et leur fille Clarissa, vêtue pour la photo d'un t-shirt "Dehors Lula" bien peu discret, a contribué activement à la forte médiatisation du cliché, au grand dam d'un Alckmin qui s'est vite rendu compte de son erreur.

C'est qu'en effet le soutien des Garotinho a failli coûter au candidat tucano l'appui précieux de Denise Frossard, candidate du PFL au 2ème tour à Rio de Janeiro pour le poste de gouverneur. Outrée par l'alliance d'Alckmin avec ce couple sulfureux, Mme Frossard lui a dans un premier temps retiré son appui, avant de se raviser devant la pression des hautes autorités du PSDB (rappelons que PSDB et PFL forment la coalition Alckmin). Rio de Janeiro est un Etat beaucoup trop stratégique pour la campagne de l'ex-gouverneur de São Paulo, qui y a fait un score très mauvais au premier tour et a une belle marge de progression. Il aurait été suicidaire qu'il n'y soit soutenu par aucun des deux candidats du deuxième tour (Cabral du PMDB est pro-Lula).

Pour conclure, les plus attentifs d'entre vous auront vu dans ce dernier paragraphe l'illustration de ce que nous vous disions à une autre occasion au sujet de l'opportunisme électoral du parti centriste PMDB. Alors que le gouverneur sortant (Mme Garotinho), PMDB, appelle à voter Alckmin, son successeur potentiel (Cabral) est lui un pro-Lula convaincu.

Rappelons que le PMDB n'a pas donné à ses membres et sympathisants d'orientation officielle pour le vote au second tour. Certains de ses comités régionaux se sont néanmoins prononcés en faveur d'Alckmin, et Michel Temer, président du parti, a reconnu que la plupart des "peemdebistas" soutiendrait le candidat tucano.

09.10.2006

Le ton est donné

medium_0098250B.3.jpgNiveau agressivité, le débat télévisé de dimanche soir aura tenu toutes ses promesses. Durant deux heures en direct sur l'antenne de la TV Bandeirantes, les deux candidats encore en lice pour la présidentielle se sont livrés à une véritable empoignade verbale.

Visiblement décidé à déchirer son étiquette de Picolé de chuchu, Geraldo Alckmin n'a observé aucun round d'observation, attaquant d'entrée le président sortant sur le déjà fameux scandale du dossier : "Le président est une des personnes les mieux informée du pays. Alors je pose la question : d'où vient l'argent sale, les 1,7 millions de reais en cash pour acheter ce dossier bancal ?"
Lula a répondu en esquivant, comme le feront chacun des deux protagonistes à chaque attaque de l'adversaire : "Je veux tout savoir sur cette affaire, pas seulement l'origine de l'argent, mais aussi qui l'a imaginé, car le seul bénéficiaire de ce scandale, c'est mon adversaire".
Lula, visiblement rendu nerveux par la posture agressive du tucano, retrouvera vite le détachement que lui impose son rôle d'actuel président, allant jusqu'à ironiser sur l'inexpérience d'Alckmin : "J'ai été moi-même candidat de l'opposition, je comprends (sa) nécessité de parler mal du gouvernement".

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Classé par thème, voici un petit florilège des amabilités échangées dimanche soir :

Corruption
"L'obligation d'un gouvernant est de tout clarifier, mais quand vous étiez gouverneur, vous avez eu connaissance de faits graves et n'avez rien fait pour les clarifier." - Lula
"S'il y a quelqu'un qui n'a moralement pas le droit de parler d'éthique, c'est bien le gouvernement Lula." - Alckmin

Privatisations
"Tout le monde sait que ce sont le PFL et le PSDB qui ont privatisé ce pays. Quand il n'y aura plus rien à vendre, qu'allez vous faire ? Vendre l'Amazonie ? (...) Je n'ai pas dit qu'il va privatiser, j'ai dit qu'il y a des secteurs du PFL et du PSDB qui veulent même privatiser Petrobras. " - Lula
"Ne mens pas, Lula. Ce n'est ni le PFL ni le PSDB qui ont évoqué la privatisation, c'est toi. Je suis triste devant l'irresponsabilité d'un président de la République qui dit ça. C'est toi qui l'as évoqué, et je vais en distribuer la preuve à la presse à la fin de ce débat. (...) C'est aussi un mensonge de dire que je vais arrêter la Bourse Famille. (subvention gouvernementale dont bénéficient plus de 11 millions de familles brésiliennes, ndr) " - Alckmin

Sécurité Publique
"A São Paulo, tu as réduis le budget de ce secteur. Il y a une différence entre les chiffres que tu agites lors de ce débat et la réalité de l'Etat de São Paulo (gouverné pendant cinq ans par Alckmin, et qui a connu cette année d'importantes vagues de violence, ndr)." - Lula
"A São Paulo, nous avons construit 75 unités pénitentiaires. Le gouvernement Lula une seule, avec 60 prisonniers. La police des frontières, qui est de la responsabilité fédérale, n'a jamais vu le jour." - Alckmin

Ce lundi, le candidat petista a estimé qu'il s'agissait là du "pire débat de (sa) vie politique. Hier, j'avais l'impression d'être face à un maton. Alckmin était pédant, arrogant, comme s'il avait plus d'autorité que les autres".
Le candidat tucano s'est lui défendu d'un excès d'agressivité, expliquant qu'il avait simplement "extériorisé le sentiment d'indignation du peuple brésilien. C'est quelque chose que tout le monde avait en travers de la gorge".

Le second round télévisuel est prévu mardi 17 octobre, sur l'antenne de la TV Gazeta...

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