26.09.2006

Réduction des inégalités

medium_logo_fgveaesp.gifLa Fondation Getúlio Vargas (FGV), université privée d’économie et de management, est une des toutes meilleures au Brésil. Elle forme depuis 1944 l’élite capitaliste du Brésil dans ses unités de Rio de Janeiro et São Paulo.

Cette institution est donc peu encline a priori à favoriser un candidat dont la posture de campagne est celle d’un champion du peuple, qui critique à satiété l’"élite aristocratique qui tient ce pays depuis que Cabral y a mis les pieds" (Lula en meeting à Sorocaba, Etat de São Paulo, le 24 septembre 2006).

C’est pourtant cette même FGV qui publie, à moins de dix jours d’un scrutin capital pour le pays, un état des lieux détaillé de la misère et de l’inégalité au Brésil (résumé à télécharger ici), concluant à une franche amélioration lors des dernières années. Ces conclusions, publiées en fin de semaine dernière, ont été reprises assez discrètement par la plupart des médias, probablement soucieux de ne pas donner un coup de pouce au président sortant.

Les principales conclusions de Marcelo Neri, l’économiste responsable du Centre de Politiques Sociales de la FGV de Rio, sont les suivantes :

- 22,8 % des brésiliens, soit plus de 41 millions de personnes, vivent aujourd’hui dans la misère (seuil de revenu mensuel fixé à 141 R$ per capita à prix réel actuel de São Paulo). Ils étaient 28,2 % en 2003 (cf. graphique ci-dessous).

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- la période 2003-05 a vu la réduction la plus significative de ce contingent de défavorisés, - 19,2 %, depuis la période 1993-95 connue comme celle du Plan Real par les brésiliens, et lors de laquelle la baisse avait été de - 18,5 % (cf. graphique ci-dessus).

- l’amélioration constatée entre 1993 et 1995 avait en grande partie été conditionnée par des taux de croissance importants, qui avaient bénéficié à toutes les couches sociales brésiliennes (leur revenu annuel moyen oscillant entre + 10 et + 12 % sur la période). Celle constatée entre 2003 et 2005, dans un contexte morose de croissance du PIB, a bénéficié deux fois plus à la masse des brésiliens pauvres (revenu annuel en progression de 8,4% par an) qu’à la minorité aisée (+ 3,7% par an pour le décile le plus riche). Les détails dans le graphique ci-dessous.
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De quoi expliquer, sans aucun doute, le vote massif de ces brésiliens les moins favorisés en faveur du président sortant Lula. Dans la dernière publication de l’institut Datafolha, les brésiliens gagnant moins de deux salaires minimum accordait ainsi 57% de leurs intentions de vote à Lula, tandis que la population brésilienne dans son ensemble ne lui accordait que 49%. Chez les plus riches (plus de 10 salaires minimum), Lula ne recueille que 29 %.

De quoi expliquer aussi, peut-être, la rancœur des brésiliens les plus riches envers Lula, ce président dont le mandat ne leur aura pas permis de se "refaire" au rythme qu’ils auraient voulu, après les tristes périodes 1995-2001 et 2001-2003.

Pour conclure, il y a beaucoup de choses qui peuvent être reprochées au président sortant Lula da Silva et à son gouvernement (scandales de corruption, niveau d'impôt au plus haut, dépenses publiques incontrôlées, position fragilisée en politique extérieure, etc.). Il y a aussi beaucoup à redire, et sans doute des débats très intéressants à mener, sur la pertinence sur le long terme de ses mesures (Bolsa Familia et autres programmes sociaux d’envergure) contre la pauvreté, privilégiant clairement une forme d’assistanat aux plus pauvres à une politique du développement par l’éducation plus difficile et ambitieuse (et aux effets moins immédiats).

La campagne n’a clairement pas donné satisfaction sur ce point, la faute à Lula, qui n’a pas voulu participer aux débats, la faute à ses opposants, qui ont préféré l’attaquer sur son intégrité que sur ses méthodes, la faute aux médias, enfin, qui ont bien compris qu’ils feraient mieux leur beurre sur les scandales que sur les débats d’idées.

Pour autant, entendre dans la bouche de privilégiés des classes sociales les plus aisées, comme il nous arrive souvent, que Lula n’a rien fait pour réduire la pauvreté au Brésil et diminuer les inégalités (variante : que Lula a trahi le peuple qui l’a élu), n’est pas acceptable.

Pour la première fois depuis longtemps, il existe une tendance réelle à la réduction des inégalités. Le contexte macro-économique de stabilité, avec notamment la maîtrise de l’inflation, est une condition nécessaire à l’approfondissement de ce processus, pas une condition suffisante.

Le prochain président devra adopter une attitude plus volontariste dans le champ social, relayant progressivement les mesures d’assistanat par des initiatives de long terme dans l’éducation, l’insertion professionnelle, la réhabilitation des périphéries urbaines, etc. Et Lula, si les brésiliens décidaient de passer l’éponge sur tous ses échecs et sur ceux du PT, de lui faire confiance et de le réélire, ne paraît pas a priori moins capable que les autres de mener à bien cette mission.

La voie est en tout cas tracée à une réduction durable de la pauvreté et des inégalités sociales. Les conditions internes et externes sont, pour le moment, réunies. La responsabilité du futur président n’en est que plus grande.

08.09.2006

"Brasil tem inflação de 1° mundo e PIB de 3°"

"Le Brésil a une inflation de pays développé, et un PIB de pays du tiers-monde"

Voici le titre qui s’affichait en une du quotidien Estado de São Paulo dans son édition du jeudi 7 septembre 2006 (jour férié au Brésil pour célébrer l’anniversaire de l’indépendance du pays).

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Ce titre résume à lui seul la difficulté qu’affronte l’observateur extérieur qui souhaite aujourd’hui se prononcer sur le statut et la santé économique du pays, et sur son appartenance au "premier monde" (primeiro mundo en portugais) ou plutôt au tiers-monde, dans lequel le monde entier continue de le classer.

Nous tenons ici à vous rappeler de manière synthétique et non-exhaustive les éléments qui tendraient à classer le Brésil dans ces deux mondes a priori bien éloignés.

Les éléments à faveur d’une accession au "premier monde":
- une inflation modérée, inférieure à 4 % pour 2006, et en baisse constante, mois par mois ou presque, depuis plus de deux ans;
- une monnaie forte, qui depuis janvier 2003 s’est appréciée de 62 % par rapport au dollar US;
- des taux d’intérêt en baisse constante, avec un taux de base aujourd’hui à 14,5 % (contre 18 % en 2004);
- une balance commerciale toujours plus excédentaire sur les trois dernières années, et ce malgré la force du real;
- des équilibres macro-économiques internes satisfaisants, avec une balance des paiements positive et un endettement public en baisse, estimé pour 2006 à 51 % du PIB;
- un risque pays raisonnable, qui est passé de 305 pts en 2004 à 250 pts aujourd’hui, plaçant le pays sur les rails de l’ "investment grade", qui devrait attirer d’avantage encore les investisseurs étrangers;
- enfin une continuité politique démocratique certaine, qui fait qu'en dépit des échéances électorales et des potentiels changements au pouvoir qui approchent, il n'existe pas d'inquiétudes ni sur le marché intérieur ni sur les marchés internationaux.

Bien évidemment, tous ces éléments (le dernier mis à part) sont aujourd’hui autant d’arguments de campagne de Lula que de pierres dans les jardins de ses principaux rivaux.

Ces derniers et leurs soutiens se rattrapent cependant en fustigeant Lula au sujet de ces nombreux éléments qui contribuent à maintenir le Brésil et surtout les brésiliens dans le quotidien d’un pays du tiers-monde, en particulier :

- la croissance du PIB, en berne, une des plus faibles de la zone Amérique Latine et de l’ensemble des pays émergents, avec seulement + 2,3 % en 2005 et moins de + 4 % prévu en 2006;
- une consommation interne amorphe résultante d’un pouvoir d’achat qui stagne avec le PIB;
- un contexte politique et institutionnel nettement dégradé, de nombreux scandales de corruption ayant durement affecté en 2005 et 2006 le PT du président Lula ainsi que de nombreux députés fédéraux et sénateurs de tous bords;
- une violence urbaine endémique, avec en particulier les événements tragiques des derniers mois à São Paulo, où le crime organisé a semé la panique et fait montre de sa puissance et de son mépris de l’ordre public;
- des chantiers peu ou pas entrepris, comme celui de l’amélioration du système éducatif, de la réduction durable de la pauvreté à travers des mesures de fond;
- une charge tributaire record, représentant 39,4 % du PIB brésilien au premier semestre 2006, soit une hausse de 9,2 % par rapport à l’année précédente, et qui rappelons-le ne s'accompagne absolument pas au Brésil des bénéfices octroyés par exemple par l'"Etat-providence" aux citoyens de certains pays européens.

En conclusion, des tendances macro-économiques certes dignes d'un pays développé, mais qui n'ont pas permis au pays de sortir d'une réalité sociale toujours désastreuse et qui maintient le pays et la grande majorité de ses habitants loin des standards de vie des pays développés.

05.09.2006

Panorama politique brésilien

Le Brésil est une République Fédérative, régie par la Constitution de 1988, la septième de l’histoire du pays depuis l’indépendance en 1822.

La République Fédérative du Brésil est composée de 26 Etats et d’un District Fédéral, la ville de Brasilia, où siègent la Présidence de la République et le Congrès. La plus haute autorité de la République est le Président, celle des Etats est le Gouverneur.

Le Président de la République représente le pouvoir exécutif, il est élu par le peuple brésilien à la majorité absolue (les votes blancs et nuls ne sont pas comptabilisés) pour quatre ans, renouvelables une seule fois. Il est aussi le chef du gouvernement.

Le pouvoir législatif appartient au Congrès National, qui se compose de deux chambres : le Sénat, dont la composition reflète, au vote majoritaire, le bord politique des Etats brésiliens (trois sénateurs par Etat, 81 en tout) ; la Chambre des députés, qui représente, à la proportionnelle, le vote populaire (513 députés fédéraux, chaque Etat se voyant alloué un certain nombre de députés selon sa population).

Dans chaque Etat, enfin, se tient une Assemblée Législative dont les membres, les députés d’Etat, se prononcent sur la législation locale.

Pour ceux qui désireraient en savoir plus en français, nous recommandons le site de l’Ambassade du Brésil en France.