30.10.2006
Lula réélu triomphalement
Sans surprise, Lula da Silva a été réélu aujourd’hui dimanche à la présidence du Brésil. Avec 60,8 % des votes valides (58,3 millions d’électeurs), il a devancé de plus de vingt millions de voix son rival Geraldo Alckmin du PSDB, qui recueille 39,2% des suffrages utiles avec seulement 37,5 millions de voix. La victoire du président sortant est totale ou presque, puisque 20 des 27 Etats brésiliens l’ont plébiscité. Le Sud a continué quant à lui de donner sa préférence à Alckmin, tout comme l’Etat de São Paulo.
19% des inscrits sur les listes électorales se sont abstenus de voter, dans un pays où le vote est pourtant obligatoire. Ce sont pour la plupart des brésiliens qui ne résident pas dans l’Etat de leur domicile électoral et qui pour cette raison ne seront pas sanctionnés de leur abstention. Les votes blancs et nuls représentent eux 6% des suffrages exprimés, soit bien moins qu’au premier tour où ils avaient représenté 8,4%.
En bref, les brésiliens ont clairement montré ce dimanche qu’ils n’avaient pas été convaincus par la campagne de Geraldo Alckmin. Cette défiance a été telle qu’elle a poussé 2,5 millions d’électeurs qui avaient opté pour le tucano au premier tour à lui retirer leurs voix, un véritable désaveu pour l’ancien gouverneur de São Paulo.
Ce dernier a reconnu officiellement sa défaite et a appelé son rival dès 20h pour le féliciter. Il est probable que Alckmin rentre désormais dans le rang et soit éclipsé dans les années à venir à la tête du PSDB par José Serra (élu gouverneur de São Paulo) et Aécio Neves (réélu gouverneur du Minas Gerais). Ces deux hommes devraient d’ailleurs se disputer l’investiture du parti en 2010 et l’élu devrait remporter la bataille de succession de Lula, si la configuration restait celle d’aujourd’hui avec une relève totalement absente du côté du Parti des Travailleurs.
Il y a toutefois quelques ombres au tableau pour le président réélu. Son frère, avec lequel il est brouillé, a renouvelé son vote Alckmin du premier tour. Et le président du Tribunal Supérieur Electoral, annonçant officiellement les résultats, a renouvelé son appel au vote par le Congrès National d’un amendement à la Constitution empêchant à l’avenir tout président élu d’effectuer un deuxième mandat. Mais ces petites contrariétés ne sont rien à côté de la joie d’un Lula qui a célébré ce soir avec ses partisans sa victoire sur l’Avenue Paulista, à São Paulo.
A l’occasion de son discours, il a promis que son second mandat serait meilleur que le premier, qu’il approfondirait le dialogue avec les gouverneurs et avec l’opposition, et enfin qu’il continuerait à gouverner "pour les plus pauvres", tout en oeuvrant pour l’unité nationale.
Bonne chance à Lula II et "tudo de bom" au Brésil !
00:45 Publié dans Campagne 2e tour, Lula | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
08.10.2006
Coup d'envoi du 2ème tour
Pour beaucoup d'observateurs, et pour le président sortant Lula lui-même, c'est aujourd'hui que commence véritablement la campagne du 2ème tour de l'élection présidentielle.
Se tient en effet ce soir sur la TV Bandeirantes le premier débat entre les deux candidats. Un débat très attendu par les brésiliens, qui en avait été privés avant le premier tour par les absences de Lula. Et même si selon le dernier sondage Datafolha, 67 % des électeurs disent qu'ils ne devraient plus changer leur vote, quel que soit le contenu du débat, il est raisonnable de penser que si la confrontation de ce soir avait un net vainqueur, ce dernier sortirait considérablement renforcé de l'épreuve.
Alors que nous nous préparons ici à mettre les pieds sous la table et à nous délecter de cet événement, espérons que ce débat ne sera pas un met sans saveur, entre "picolé de chuchu" et "lulinha paz e amor".
Espérons que cela ne sera pas non plus un vulgaire pugilat entre deux hommes prêts à en découdre. Les récentes déclarations d'Alckmin laissent penser que celui-ci est particulièrement "chaud". Selon lui, qui a tant critiqué les absences répétées de Lula aux débats du premier tour, ce dernier se rend au débat de ce soir uniquement parce qu'il a "peur de perdre".
Comptons sur les journalistes de la Band, animateurs du débat et responsables en partie de sa bonne tenue, pour élever le débat et servir ainsi les intérêts des candidats, des électeurs et de la démocratie brésilienne.
08:35 Publié dans Alckmin, Campagne 2e tour, Lula | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Picolé vs. Lulinha
Nous revenons dans ce post sur les surnoms des deux candidats à la présidentielle.
"Picolé de chuchu", le surnom d'Alckmin, signifie "sorbet à la chayote" (photo), une référence à un légume sans grande saveur, qui souligne l'image d'un homme manquant de charisme et de caractère. Alckmin en a été affublé alors qu'il occupait les fonctions de gouverneur de São Paulo, et que son style était jugé peu flamboyant, voire austère. Alckmin a su cependant au fil de la campagne tirer profit de cette appellation. En se délectant face aux caméras de ce cucurbitacée, mais aussi en multipliant les jeux de mots populaires autour de ce terme, tels que "o brasil vai crescer para chuchu" ("le Brésil va croître à fond") ou encore "prometo que vou trabalhar para chuchu" ("je promets que je vais travailler comme un fou").
"Lulinha paz e amor" ("petit Lula" paix et amour) était le slogan non-officiel de campagne de Lula lors de son élection en 2002. Le surnom évoque l'image d'un Lula charismatique, ami de tous et de toutes et se récusant à l'usage de la violence. Lui octroyant un énorme capital sympathie, ce surnom avait fait beaucoup pour le marketing de sa campagne de 2002. Tombé depuis dans l'oubli, il a réapparu cette année pour illustrer la volonté de Lula de ne pas s'abaisser à répondre aux attaques nombreuses et virulentes de ses adversaires.
08:30 Publié dans Alckmin, Anecdotes & Insolite, Lula | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
30.09.2006
La chaise vide
Lula ne s’est donc finalement pas rendu au débat de la TV Globo jeudi soir, après avoir fait durer le suspense pendant toute la journée et appelé la chaîne en milieu d’après-midi pour réserver des places à ses proches autour du plateau.
Dans une lettre envoyée à la rédaction de la Globo pour motiver son refus de l’invitation, Lula a exprimé son respect du débat démocratique, auquel il s’est selon lui toujours prêté. Il estime dans la lettre que les conditions de sa participation jeudi soir n’étaient pas réunies, dans la mesure où est bien notoire "le degré de virulence et de désespoir de certains adversaires, laissant au second plan le débat de propositions et d’idées, pour se consacrer entièrement aux attaques gratuites et aux agressions personnelles". Il y évoque enfin une probable "action préméditée et concertée" de ses adversaires, et un jeu avec des "dés pipés", rendant impossible à sa participation à l’émission.
En bref, rien de nouveau sous le soleil, la posture du martyr, la sagesse du président opposée à la rage des autres candidats, les critiques habituelles sur l'impossibilité d'un débat d'idées, rendues absurdes par le refus même de Lula de débattre...
Lors du meeting qu’il a tenu dans la soirée de jeudi à São Bernardo do Campo (SP), deux heures avant le débat, Lula a proclamé devant ses supporters : "il n’y a rien de plus important dans ma vie, dans ma trajectoire politique, que de tenir ce dernier meeting de campagne sur cette terre qui m’a vu naître politiquement, et aux côtés des compagnons qui m’ont aidé à le faire". Ce fut la seule référence qu’il fit au débat, allusion indirecte qui lui valut d’ailleurs une ovation nourrie de la part des habitants de cette municipalité de la banlieue industrielle de São Paulo où Lula avait exercé comme ouvrier puis comme syndicaliste dans les années 70 et 80.
Vous trouverez ci-dessous les unes des principaux quotidiens brésiliens au lendemain du débat.
11:50 Publié dans Campagne 1er tour, Lula | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
28.09.2006
"Lula não vai"
Lula a finalement annoncé aujourd'hui à 18h et des poussières qu'il ne participerait pas au débat des candidats ce soir. D'aucuns évoquent l'influence exercée par le traumatisme du débat de 1989 où il avait perdu ses moyens face à Collor. D'autres, notamment parmi ses proches, voient là une sage décision dans la mesure où Lula y avait beaucoup plus à perdre qu'à gagner.
Il existe même dans l'opposition des voix qui se réjouissent de son absence, jugeant que celle-ci serait interprétée par les électeurs comme la manifestation de trop de son mépris des règles démocratiques. L'avenir le dira.
Le motif avancé par le président est l'impossibilité d'annuler un meeting qu'il devait tenir ce soir à 19h30 dans son fief de São Bernardo do Campo, dans la banlieue de São Paulo.
Le débat de ce soir perd donc de son sel, la seule perspective plausible étant de voir Lula se faire écarteler en place publique par ses rivaux (pour reprendre l'image qu'il a utilisé à satiété ces derniers jours, se comparant ainsi à la grande figure historique de Tiradentes). Cela s'annonce indigeste, pour le président sortant comme pour les téléspectateurs...
19:25 Publié dans Campagne 1er tour, Lula | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26.09.2006
Lula était-il au courant ?
C'est la question que se posent aujourd'hui l'ensemble des médias brésiliens. Comme lors des scandales précédents ayant touché son administration, la ligne de défense de Lula est claire : il n'est pas au courant des tractations autour du dossier noir contre Serra, n'en est en aucun cas l'instigateur et veillera personnellement à ce que les coupables, pour ne pas dire les "traîtres", soient punis.
Les principaux journaux et magazines brésiliens, à l'image des hebdomadaires Veja et Epoca, ne font eux aucun mystère de leur opinion sur cette affaire. Veja montre en couverture un Lula aux yeux bandés par son écharpe de président. Epoca, quant à elle, interroge : "personne ne lui a raconté ?".
Parmi les grands titres, seul Carta Capital choisit de laisser le bénéfice du doute à Lula, en titrant sur la "face sombre du PT", et en condamnant les trublions du PT qui n'en font qu'à leur tête et jettent l'opprobre sur le président.
Les brésiliens sont beaucoup plus partagés que leur presse. Selon le dernier sondage Datafolha effectué le 22 septembre, à la question "Pensez-vous que le président Lula était au courant ou non de l'achat supposé de preuves contre Geraldo Alckmin et Jose Serra ?", les 4319 sondés du panel ont répondu OUI à 39 %, NON à 34 % et ne se sont pas prononcés à 26 %.
Un panel bien plus large, mais beaucoup moins représentatif, est celui des internautes qui ont répondu au sondage online du portail d'informations Terra, qui interroge : "Pensez-vous que la plus haute autorité du gouvernement est directement liée à l'affaire du dossier ?" Les 138 000 votes enregistrés en date du 26 septembre au soir se décomposent ainsi : OUI à 81.2 %, NON à 18.8 %
22:45 Publié dans Les scandales, Lula | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Réduction des inégalités
La Fondation Getúlio Vargas (FGV), université privée d’économie et de management, est une des toutes meilleures au Brésil. Elle forme depuis 1944 l’élite capitaliste du Brésil dans ses unités de Rio de Janeiro et São Paulo.
Cette institution est donc peu encline a priori à favoriser un candidat dont la posture de campagne est celle d’un champion du peuple, qui critique à satiété l’"élite aristocratique qui tient ce pays depuis que Cabral y a mis les pieds" (Lula en meeting à Sorocaba, Etat de São Paulo, le 24 septembre 2006).
C’est pourtant cette même FGV qui publie, à moins de dix jours d’un scrutin capital pour le pays, un état des lieux détaillé de la misère et de l’inégalité au Brésil (résumé à télécharger ici), concluant à une franche amélioration lors des dernières années. Ces conclusions, publiées en fin de semaine dernière, ont été reprises assez discrètement par la plupart des médias, probablement soucieux de ne pas donner un coup de pouce au président sortant.
Les principales conclusions de Marcelo Neri, l’économiste responsable du Centre de Politiques Sociales de la FGV de Rio, sont les suivantes :
- 22,8 % des brésiliens, soit plus de 41 millions de personnes, vivent aujourd’hui dans la misère (seuil de revenu mensuel fixé à 141 R$ per capita à prix réel actuel de São Paulo). Ils étaient 28,2 % en 2003 (cf. graphique ci-dessous).
- l’amélioration constatée entre 1993 et 1995 avait en grande partie été conditionnée par des taux de croissance importants, qui avaient bénéficié à toutes les couches sociales brésiliennes (leur revenu annuel moyen oscillant entre + 10 et + 12 % sur la période). Celle constatée entre 2003 et 2005, dans un contexte morose de croissance du PIB, a bénéficié deux fois plus à la masse des brésiliens pauvres (revenu annuel en progression de 8,4% par an) qu’à la minorité aisée (+ 3,7% par an pour le décile le plus riche). Les détails dans le graphique ci-dessous.
De quoi expliquer, sans aucun doute, le vote massif de ces brésiliens les moins favorisés en faveur du président sortant Lula. Dans la dernière publication de l’institut Datafolha, les brésiliens gagnant moins de deux salaires minimum accordait ainsi 57% de leurs intentions de vote à Lula, tandis que la population brésilienne dans son ensemble ne lui accordait que 49%. Chez les plus riches (plus de 10 salaires minimum), Lula ne recueille que 29 %.
De quoi expliquer aussi, peut-être, la rancœur des brésiliens les plus riches envers Lula, ce président dont le mandat ne leur aura pas permis de se "refaire" au rythme qu’ils auraient voulu, après les tristes périodes 1995-2001 et 2001-2003.
Pour conclure, il y a beaucoup de choses qui peuvent être reprochées au président sortant Lula da Silva et à son gouvernement (scandales de corruption, niveau d'impôt au plus haut, dépenses publiques incontrôlées, position fragilisée en politique extérieure, etc.). Il y a aussi beaucoup à redire, et sans doute des débats très intéressants à mener, sur la pertinence sur le long terme de ses mesures (Bolsa Familia et autres programmes sociaux d’envergure) contre la pauvreté, privilégiant clairement une forme d’assistanat aux plus pauvres à une politique du développement par l’éducation plus difficile et ambitieuse (et aux effets moins immédiats).
La campagne n’a clairement pas donné satisfaction sur ce point, la faute à Lula, qui n’a pas voulu participer aux débats, la faute à ses opposants, qui ont préféré l’attaquer sur son intégrité que sur ses méthodes, la faute aux médias, enfin, qui ont bien compris qu’ils feraient mieux leur beurre sur les scandales que sur les débats d’idées.
Pour autant, entendre dans la bouche de privilégiés des classes sociales les plus aisées, comme il nous arrive souvent, que Lula n’a rien fait pour réduire la pauvreté au Brésil et diminuer les inégalités (variante : que Lula a trahi le peuple qui l’a élu), n’est pas acceptable.
Pour la première fois depuis longtemps, il existe une tendance réelle à la réduction des inégalités. Le contexte macro-économique de stabilité, avec notamment la maîtrise de l’inflation, est une condition nécessaire à l’approfondissement de ce processus, pas une condition suffisante.
Le prochain président devra adopter une attitude plus volontariste dans le champ social, relayant progressivement les mesures d’assistanat par des initiatives de long terme dans l’éducation, l’insertion professionnelle, la réhabilitation des périphéries urbaines, etc. Et Lula, si les brésiliens décidaient de passer l’éponge sur tous ses échecs et sur ceux du PT, de lui faire confiance et de le réélire, ne paraît pas a priori moins capable que les autres de mener à bien cette mission.
La voie est en tout cas tracée à une réduction durable de la pauvreté et des inégalités sociales. Les conditions internes et externes sont, pour le moment, réunies. La responsabilité du futur président n’en est que plus grande.
17:20 Publié dans Campagne 1er tour, Le Brésil, Lula | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
23.09.2006
La "goleada" du peuple
Le président et candidat Lula da Silva est depuis le début de cette semaine dans la ligne de mire de la justice électorale, et plus que jamais dans celle des principaux médias brésiliens. Même la Globo s'y est mise jeudi matin, quand la journaliste chargée d'interviewer le président lors de l'émission "Bom dia Brasil" l'a assez durement attaqué sur les points faibles de son bilan (croissance en berne, dérapage des dépenses publiques et des impôts, etc.).
Heureusement pour Lula, le "peuple", qu'il chérit tant et auquel il fait toujours référence dans ses interventions, a volé à son secours dans la même journée de jeudi. Soixante-dix associations sociales ou confédérations syndicales ont ainsi publié un manifeste, relayé par de nombreux sites d'information et notamment celui de la Globo.
Reprenant les paroles que Lula avait prononcées depuis les Etats-Unis en début de semaine, les signataires du manifeste dénoncent la tentative désespérée de l'opposition de "salir" l'élection. Reprenant une rhétorique très nette de lutte des classes, ils accusent surtout l'opposition libérale de se servir de ses "tentacules médiatiques" pour inverser la "goleada" du peuple. ("goleada" est un terme footballistique désignant une victoire facile, par plusieurs buts d'écart).
Ce communiqué n'est pas sans fondements, et on peut évoquer entre autres :
- l'espace médiatique écrasant occupé par le "dossier", qui éclipse définitivement toute possibilité de débat d'idées, et le traitement médiatique très partial dont il fait l'objet (absence totale ou presque d'intérêt de bon nombre de médias pour le contenu de ce fameux dossier);
- la relégation entre lundi et vendredi en 9e ou 10e page des sondages (automatiquement "pro-Lula" au vu de l'avance qu'ils continuent de lui octroyer) et autres actualités récentes plutôt en faveur du président sortant (commentaires positifs du FMI sur l'évolution macro-économique du Brésil, enquête de la Fondation Getulio Vargas sur la pauvreté au Brésil, soulignant la réduction nette - bien que toujours clairement insuffisante - de la pauvreté et des inégalités lors des dernières années).
Pour autant, le radicalisme, voire l'extrêmisme du texte, et la pauvreté de son argumentation, desservent selon nous la cause de ces associations et syndicats. Parler comme ils le font de "méthodes nazies" de l'opposition, évoquer sans sourciller la "mafia des sangsues" en oubliant que le PT y est mêlé comme les autres partis, évoquer enfin des attaques "golpistas" (de "golpe de estado", coup d'Etat) contre Lula, c'est clairement aller trop loin dans la défense du président sortant.
Ce manifeste et les idées qu'il véhicule sont en tout cas révélateurs du fossé que la campagne, et en particulier celle de Lula, a contribué à accentuer entre les élites et les classes sociales les plus défavorisées. Un fossé qui évidemment n'est pas nouveau, mais qui s'est accru encore sous l'effet conjugué du style technocratique du paulista Geraldo Alckmin et de la posture trop insistante d'un Lula champion des pauvres contre l'oppression des riches.
Le président élu en octobre, quel qu'il soit, aura la lourde responsabilité de veiller à ne pas aggraver ce fossé d'avantage. Si c'est Lula, il devra avant tout rengainer son discours manichéen et antagoniste, et montrer qu'il peut accélérer le rythme des réformes sociales tout en préservant les grands équilibres macro-économiques du pays. Si c'est Alckmin, il devra démontrer au peuple brésilien que le temps des présidents technocrates et oligarques est bien révolu au Brésil. Si c'est Heloísa Helena, au vu de ses postures et discours de campagne, il est à craindre que ce fossé devienne un gouffre, et que le Brésil tout entier en pâtisse...
19:00 Publié dans Campagne 1er tour, Lula | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
20.09.2006
Le PT et Lula dans la tourmente
Les éléments à charge s’accumulent contre le Parti des Travailleurs (PT) dans l’affaire du "dossier noir" contre José Serra.
Tous les intrigants arrêtés depuis vendredi dernier, qu’ils soient les "vendeurs" (Vedoin, le mafieux du scandale des ambulances, et son oncle Trevisan) ou les "acheteurs" (Gedimar et Valdebran) du fameux dossier, sont liés de près ou de loin à la galaxie PT et à la campagne de Lula. Freud Godoy, l’intermédiaire, celui que les journaux appellent désormais le "faz-tudo" (l’homme à tout faire) de Lula, apparaît quant à lui dans les comptes de Marcos Valério, le publicitaire qui était le trésorier du scandale du Mensalão.
Surtout, les premiers éléments de l’enquête semblent indiquer que les "acheteurs" ont été mandatés par un certain Lorenzetti, que les médias brésiliens désignent comme une des éminences grises de la campagne de réélection du président sortant. L’idée de Lorenzetti aurait été de faire publier ensuite les informations compromettantes pour Serra et le PSDB dans la revue hebdomadaire à grand tirage Época, dont il avait sondé l’intérêt lors d’une réunion informelle.
Lula, qui était à New York pour recevoir le prix d’ "homme d’Etat de l’année" décerné par une fondation américaine, a clamé devant les médias brésiliens et étrangers son indignation , et s’est interrogé tout haut sur l’identité de ceux qui pouvaient avoir un intérêt à "salir" la campagne à 10 jours du scrutin.
Il a clairement évoqué la possibilité d’une manipulation, appuyant son discours d’une référence historique qui parle aux brésiliens : celle d’une grossière simulation du gardien de but chilien Rojas lors d’un match éliminatoire Brésil - Chili pour la Coupe du Monde 1990. Rojas avait fait mine de recevoir un projectile venu des tribunes et feint un saignement à l’aide de sauce tomate !
Le Tribunal Supérieur Electoral n’a quant à lui pas attendu le retour du président pour se prononcer, et annoncer qu’une enquête serait ouverte à son encontre ainsi qu’à celle des principales figures impliquées dans l’affaire (entre autres, Ricardo Berzoini et Thomaz Bastos, ministre de la Justice). L’avocat de Lula a dénoncé une "tempête dans un verre d’eau" et une procédure principalement médiatique et n’ayant aucune chance d’aboutir.
Quant au contenu du dossier, il est totalement éclipsé en une des médias par les péripéties de son obtention. Il est impossible ce matin du 20 septembre de trouver sur les hotsites "Elections 2006" des principaux quotidiens ou portails d’informations brésiliens le moindre article détaillé, le moindre éclaircissement sur ce qui le compose.
Affaire à suivre, dans toutes ses composantes, plus que jamais.
08:45 Publié dans Campagne 1er tour, Les scandales, Lula | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
13.09.2006
"Quero ser de novo presidente"
Deux spots radio diffusés depuis le 8 septembre, et dans lesquels Lula reprend en deux fois 15 secondes les arguments principaux qui le poussent à être candidat à la réélection (cf. post précédent).

En français, cela donne :
"J'ai beaucoup appris. C'est pourquoi je peux gouverner encore mieux. J'ai plus d'expérience, je connais mieux la machine, je connais le monde et le monde me connaît. Je sais que je peux faire beaucoup plus pour le Brésil. Pour toute ces raisons, je veux être de nouveau président."

"La responsabilité de celui qui gouverne est une chose, celle de celui qui est candidat en est une autre. Ils peuvent promettre tout ce qu'ils veulent, moi je ne promets qu'une chose : gouverner encore mieux. Et ça, je le garantis, je le ferai."
19:25 Publié dans Jingles & Spots, Lula | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note






